08 août 2010

Louie Bluie (1985) de Terry Zwigoff

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Terry Zwigoff a un don pour dénicher outre-atlantique des personnages atypiques qui ont participé dans leur coin a leur petite pierre culturelle. Howard Armstrong, dit Louis Bluie, est au string-blues (mandoline, violon...) ce que Partenaire Particulier est au synthe - à cela près que le premier fait de la musique. On plonge dans les racines profondes du genre, et Louie Bluie de nous gratifier de quelques boeufs avec ses potes (moyenne d'âge soixante-dix berges pleine bourre ("I'm 75 years young" dit le Howard le regard malicieux) toujours partants pour gratter une corde - comme de sublimes marionnettes d'un autre âge qui s'animent dès qu'on leur file un instrument dans les mains). Le type a justement plusieurs cordes à son arc, ne se contentant point de nous gratifier de son "special", le jeu de mandoline derrière la tête - Jimi Hendrix en est chauve de jalousie ; poète et dessinateur, Howard nous fait découvrir sa magnifique collection de manuscrits où il conte l'histoire de son enfance ou illustre un petit kamasutra perso. Entre deux bonnes vieilles anecdotes et histoires de fesses, on découvre à  quel point les gaziers n'ont point hésité à  leur époque à apprendre diverses langues pour s'infiltrer musicalement au sein de certaines communautés plutôt fermées - les Ritals notamment. La musique, joyeux langage universel avec un Louie Bluie, chaussé d'un éternel béret, en véritable prophète du string-blues. Terry Zwigoff a le talent de savoir s'effacer pour laisser la parole à  ses somptueux dinosaures musiciens, et son doc permet de nous donner un réveil dominical tout en douceur et en chaleur humaine. On a tous quelque chose en nous du Tenessee.

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27 mars 2006

Bad Santa (2003) de Terry Zwigoff

656248_dv_l_f_1_Le film le moins politiquement correct et le plus vulgaire, pardon grossier, de ces dernières années. Billy Bob Thornton fait une composition qui ferait passer Joe Pesci pour De Villepin. Terry Zwigoff ne s'embarasse pas à prendre des gants, quand il y va, c'est à donf: le Père Noël vomit, se pisse dessus, insulte les enfants et préfère les fesses larges. Oui le Père Noël est un homme comme les autres même s'il picole un peu trop et se fait braqueur une fois par an... Alors bon, au final, certes, l'honneur est sauf, Santa se prend d'affection pour un enfant - ce sont des trucs qui arrivent - et se refait une morale en attendant de guérir et de purger une année de prison. Malgré tout on a passé une heure et demie légèrement en dehors des sentiers battus (pas facile de filer un rôle à un nain black) et même si l'ensemble reste juste un cran au-dessus de la ceinture, il faut saluer la volonté de mettre de temps en temps les pieds dans le plat dans cette amérique plus puritaine qu'un pull angora.   

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09 mars 2006

Crumb (1994) de Terry Zwigoff

poster_1_1Après avoir découvert l'excellent American Splendor sur la vie du dessinateur Harvey Pekar, je m'étais dit que cela faisait du bien de savoir qu'il existait encore aux Etats-Unis des personnages complétement barrés, sans concession sur leur art et avec un univers très personnel. J'avais encore rien vu.

Présenté et produit par David Lynch himself, réalisé par Terry Zwigoff (A qui l'on doit l'un des films les plus décalés et les plus attachants des ces dernières années, Ghost World), Crumb est l'histoire du dessinateur du même nom, personnage, alors là, complètement mûre. Bon déjà dans la famille les deux frères valent leur poids en pistaches: l'aîné, qui passe bien 2 heures tous les jours sur un tapis de fakir et a eu quelques problèmes avec la justice par le passé (Bon c'est vrai c'est pas malin de tirer sur le mini-short d'une femme dans un magasin... on parle bien d'un adulte, présentement) est complètement starbé; le cadet qui a tenté par le passé de se suicider en buvant un flacon de cire liquide pour meubles va beaucoup mieux depuis qu'il prend des calmants depuis 20 ans et a décidé de ne plus sortir de chez lui, vivant toujours avec sa mère. (Un an après le tournage du film on apprend qu'il s'est vraiment suicidé, goops). La mère, elle, complètement avachie dans son sofa, ferait passer la mère Denis pour une Bombe. Quant au père, mort en 1982, personne n'a l'air de vraiment le regretter, il était semble-t-il, un tantiner violent.

Bon mais qu'en est-il de Crumb, vous allez me dire?

crumb_1_1crumb_02_1_1D'abord, il s'agit d'un artiste qui parle de son travail créatif  avec justesse, modestie et simplicité. Et ça déjà c'est grand. Quant à son univers... bon c'est vrai qu'il paraît un peu obsédé par les femmes -fortes- et par les courbes africaines. Euh, quand je dis obsédé, c'est surtout sexuellement. Certes les femmes ne sont pas toujours à leur avantage. Les mots de "misogyne" et de "raciste" sont même évoqués dans le film... Pour ce dernier, pure connerie... Il n'y que ces petits connards de WASP sarkozistes puritains à l'extrême pour voir le mal partout... Quant à la misogynie, il est vrai que cette B.D. avec cette femme sans tête qui se fait prendre dans tous les sens pourrait prêter à malentendu. Mais comme il le dit lui-même presque en s'excusant, devrait-il censurer cette part sombre de lui-même? Oui ses fantasmes sont parfois pas très ragoutants. Et alors... Cette perception des choses, cette noirceur, si elle n'est pas politiquement correcte se devrait-elle d'être "corrigée"? Certes, un enfant ou Américain de base, disons un Américain, n'est peut-être pas capables de voir toutes les subtilités  de son travail; mais il parvient ainsi à montrer toute l'absurdité de la vie, toutes les mochetés et les pitreries du monde moderne. Pris au premier degré, certaines de ses oeuvres pourraient révéler un très haut degré de pessimisme -mais vous en connaissez beaucoup, vous, des choses qui, prises au premier degré, valent la peine? (Voyez un film de Carpenter au premier degré et vous passerez un sale moment...).

Bref cela fait vraiment plaisir de faire la connaissance (oui, j'avoue je n'ai jamais ouvert un comic book de ma vie... peux pas tout faire non plus...) d'un tel OVNI sur cette basse terre. Un journaliste du Times le compare à un Brueghel de la deuxieme partie du XXe siècle tant il parvient à la fois à nous montrer les dures réalités et la cruauté de notre condition. On est prêt à lui donner raison. Crumb s'est installé avec sa femme après le film dans le sud de la France. Si jamais il y réside encore, et aux vues des prochaines élections qui se préparent, je me dis que j'aurais peut-être la chance de le croiser un jour en Chine...

Posté par Shangols à 20:17 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]


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