41m8j8M4krLCe matin, un lapin... derrière cette petite chanson légère et conne de Goya, Chantal, se cache malgré tout une idée de fond qui pourrait faire son chemin : et si la forêt, un jour, avec ses animaux sauvages, se révoltait contre l'homme, et, en particulier, contre ce qui constitue la quintessence de l'homo conus : le chasseur ? Mais avant d'évoquer cette éventualité hautement improbable et d'en arriver au face à face final entre le traqueur et la traquée (biche ô ma biche), revenons sur la trame relativement paisible en apparence de ce premier roman champêtre : d'un côté il y a les chasseurs, dont un Gérald, un passionné des bois et de la gâchette et ses congénères : ceux qui rabattent tranquillement le gibier (des enfants en manque d'herbier et des femmes dont cette maîtresse-femme Linda, chasseresse en herbe au Canada mais qui doit ici se contenter d'assister les mâles) et ceux qui chassent (des chasseurs, et leurs fils dont notamment ce petit Basile tout fier d'abattre sa première caille, ma caille) ; de l'autre il y a les proies : une jeune biche notamment, qui veille sur les faons de sa harde, des cerfs, en plein brame (et en plein drame ?), une vieille biche malade, aussi, mais également vaquant autour de ces rois de la forêt, de la menue piétaille comme des hérissons, des oiseaux ou des fourmis (qu'il ne faut pas jamais négliger, pour sûr). Au milieu de ces deux camps, à noter l'existence d'un certain Alan, gardien de cette forêt et protecteur de "ses" bêtes - Bambi n'étant pas pour rien pour son amour de la nature et son envie de protéger nos animaux sans défense (et sans bois, pour certains). Notre Gerald, fier à bras et être mal dégrossi, aimerait bien, quant à lui, compléter son tableau de chasse. Mais voilà-t-y pas que ce con se perd en route... La chasse continue malgré tout mais sa disparition, alors que l'orage s'abat, que la nuit tombe, aura des conséquences dramatiques sur l'équilibre tranquille de cette forêt. Gump ou gasp.

Il y a quelque chose de sympathiquement entraînant dans cette version placée sous influence (trompeuse) de Bambi. Oui, il est aussi question ici de biche au cuissot léger, de jeunes faons naïfs, de cerfs combattifs et de chasseurs obsédés par un futur trophée. On perçoit de même, chez Messine, un certain goût pour l'anthropomorphisme, notre auteure ne pouvant s'empêcher d'imaginer les pensées des différents animaux sauvages de l'ouvrage... Cela pourrait être un peu gênant à l'usage, mais on est heureusement vite happé par ce chassé-croisé entre notre héroïne de biche, plus maline qu'elle en a l'air, et ce chasseur prêt à tout pour regagner un brin d'égo (se perdre en forêt quand on se croit plus malin que tout le monde, ça la fout mal...) : bref, on se prend au petit jeu de la chose et on glisse sur cet anthropomorphisme un tantinet facile comme sur un tapis de mousse humidifié par la rosée... Car on sent bien avec notamment l'intervention des divers protagonistes secondaires (cette Linda qui veut prouver ses capacités de chasseresse... et son amour pour Gérald ; cet Alan qui aimerait bien protéger les habitants de la forêt mais que l'on sent un peu maladroit ; ou encore ce gamin de chasseur déjà un peu con, les chiens (de chasse) ne faisant pas des chats) que tout peut partir en vrille... En plus, dans cette forêt où les éléments se déchainent, où la tension monte (entre les cerfs notamment... même si certains comportements, entre mâles, sont surprenants, pour ne pas dire inattendus...), où le suspense devient vite anxiogène (ne faites pas de mal à cette biche, bordel), on a vite l'impression que tout est possible - d'autant que rien, dès le départ, avec ce Gérald qui se perd, ne se passe comme prévu... On mord dans ce roman comme dans un cuissot de sanglier cuit dans son jus et on ressort tout revigoré par cet appel de la forêt et ce final éminemment tragique. On biche ? Oui-da.