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Comment certains films de Leone sont parvenus à passer à travers les mailles de nos filets, mystère et boule de gomme... Je n'ai pas pu résister, pour ma part, après avoir revu pour la énième fois Pour une Poignée de Dollars (je conseille d'ailleurs de relire les critiques des Cahiers ou de Positif de l'époque : une destruction en règle, c'est ce qu'on appelle avoir le nez creux), à enchaîner avec ce second opus classieux. Eastwood, dans sa traque du mécréant (et de la thune... sans qu'on sache d'ailleurs vraiment ce qu'il compte en faire... tout l'intérêt est dans la traque, hein ?), est cette fois-ci accompagné (une association un rien forcée) de l'incontournable Lee Van Cleef et son faciès de fouine. Deux maîtres dans leur domaine, deux chasseurs auxquels personne n'échappe, des pros, des maîtres en leur genre... Ils semblent régler à la perfection chacune de leurs interventions, de véritables tueurs-metteurs en scène en quelque sorte, si on osait... Après avoir traqué chacun de leur côté du menu fretin, ils s'attaquent donc ensemble à du lourd : Gian Maria Volonte, son rire de chacal, ses treize hommes de main, et son projet de dévaliser la banque la mieux gardée du coin... Eastwood et Van Cleef s'entendent pour les décimer et partager les primes. Mais ils sont peut-être tombés cette fois-ci sur plus malins qu'eux. Ou pas.

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On se régale bien sûr devant chaque plan parfaitement léché, à l'écoute de cette musique de Morricone pleine d'entrain (Ohoh !), devant cet éternel affrontement entre des méchants vraiment méchants (le rire diabolique de Volonte, son côté sans foi ni loi : tuant la (future) veuve et l'orphelin, capable de trahir et d'assassiner les siens, prenant un plaisir sadique à faire durer les mises à mort) et ces "justiciers" en free lance malicieux et droits dans leurs bottes (quelques petits cailloux dans la botte, oui, mais cela reste un détail). On apprécie aussi bien les petites chamailleries entre nos deux héros qui se toisent, au départ, comme des gamins (et sous le regard d'autres gamins d'ailleurs, tout aussi espiègles), que l'humour bon enfant qui surgit quand on s'y attend le moins (la baraque du vieux qui tremble comme une feuille à chaque passage de train : il n'a jamais voulu céder son terrain, le vieu bougre...), ou que ces éternels règlements de compte où l'on se regarde pendant une plombe, où l'on dilate le temps jusqu'à l'infini, avant de mourir avec une ou douze balles dans le coffre. La grammaire cinématographique de Léone est toujours un bonheur absolu, avec ces gros plans magnifiés et ses arrières-plans soigneusement millimétrés.

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On prend bien sûr un plaisir de gamin à suivre la parfaite coolitude de Eastwood, sobre comme jamais, marmonnant son texte du bout du cigarillo, on frémit à chaque fois que les ailettes du nez de Van Cleef frissonnent, on sent comme un vide dans le bide à chaque fois que Volonte se marre comme un pendu, on se gausse devant l'air hagard d'un Kinski (bossu !) qui semble chercher autour de lui la présence d'Herzog pour pouvoir l'engueuler, on se réjouit enfin de voir toutes ces tronches de losers magnifiés par un Leone qui n'a pas besoin des montagnes de la Monument Valley pour mettre en scène ces personnages mythiques, ces demi-Dieux du flingue. Un ultime duel forcément parfaitement réglé avec cette petite musique de montre à gousset qui étale le temps comme le ferait un rouleau à pâtisserie (on repense d'ailleurs bizarrement à cette sonnerie de téléphone au début d'Il était une fois en Amérique qui finit par nous vriller les nerfs...) : on n'en finit jamais d'attendre la mort, puis elle survient comme un couperet, rapide comme la foudre. Un classique classique, une merveille de western spaghetti qu'on finira jamais d'enrouler autour de sa fourchette. The Leone God.

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