"Maman me disait toujours que le sang, y a rien de plus important, mais je crois qu'on finit tous par l'oublier et quand on tombe et qu'on s'écorche les genoux, c'est à des inconnus qu'on demande de nous remettre sur pied."

Arpenter-la-nuitPremier roman américain qui rend hommage à ces femmes, jeunes, prises aux pièges de cette société bassement matérielle et de ces mâles (du flic, du mâle autruche incapable de voir le mal) qui font subir leur loi impunément. Notre jeune femme de dix-sept ans, Kiara, semble être née sous le signe du sacrifice de soi : un père, black Panther, maltraité et dézingué par le pouvoir en place, une mère, assassine, qui s'est perdue en route et se retrouve façon puzzle dans un centre pour personne en demande, un frère, irresponsable, qui rêve de devenir le prochain grand rappeur, un rêve malheureusement râpé d'avance, une voisine, irresponsable, qui n'hésite pas à abandonner son gamin de neuf ans à son amie dévouée... Bref tout part à vau-l'eau et la pauvre chtite Kiara, en tentant de joindre les deux bouts, va devoir encore sacrifier une part d'elle, son corps, en attendant que la société lui vole définitivement son âme... Kiara, décide donc de battre le trottoir et tombe rapidement sur ces rapaces de la nuit que sont les keufs ; ils jouent aux protecteurs, mais se jouent surtout d'elle, l'entraînant dans des soirées glauques où elle sert d'outre - sans être toujours forcément payée... C'est un engrenage (si elle n'accepte pas de jouer leur jeu, ceux-ci la mettent en garde, la menacent - il pourrait agir contre elle ou contre ses proches) et Kiara n'a d'autres choix, pour survivre, d'y mettre plus que le doigt... Des personnes, pleines de bonnes intentions (des supérieurs enfin responsables au sein de la police, une avocate) vont tenter d'aller vers elle, pour la faire témoigner par rapport à ces différents abus... Mais là encore, est-il bien certain qu'elle ait vraiment, dans ce monde de brutes, quelque chose à y gagner ?

Mottley, c'est rien de le dire, ne va pas révolutionner la littérature même si elle fait preuve d'un certain sens de la punchline. Le style, familier, à la coule, décontracté tente de traiter de problèmes pour le moins difficiles à avaler : le foutre des flics, l'absence d'empathie du proprio, des parents aux abonnés absents (parce qu'ils ont déjà dû subir eux-mêmes cette société inégalitaire, ce monde de blancs qui broient du noir), un frère dans la lune, une voisine sur sa face cachée... Kiara prend tout sur elle, sur ses épaules comme sur son périnée, est tente de porter à bout de bras ceux qu'elle aime : son frère, dont elle désespère parfois, ou encore ce gamin qui lui procurera joie totale et peine ultime. Mottley, sans trop s’appesantir sur les côtés sombres de la chose, tente de porter à la lumière, à la nôtre, ce combat permanent dans lequel doivent se lancer ces femmes, jeunes, héroïques malgré elles, oubliées de cette société qui les consomme comme le reste - même quand la chance leur est donnée de faire éclater la vérité celle-ci éclate comme un ballon de baudruche. Un roman assez léger dans sa forme qui parvient à traiter de sujets (ce monde patriarcal, ces abus de pouvoir, cette justice aveugle...) encore et toujours trop lourds. Pas mâle.