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C'est reparti pour 6 épisodes en compagnie de notre célibataire trentenaire et amère en proie aux pièges de la vie, et c'est reparti pour la même impression mitigée : oui, c'est marrant, très bien écrit, parfaitement rythmé, mais non, la série ne tient pas vraiment ses promesses punk et tombe trop souvent dans le bon sentiment et le sentimentalisme facile. Pour attirer le public visé par Fleabag (je dirais le trentenaire urbain branché) il faut en effet être très très très cynique, nihiliste, sexe, franc du collier et cash ; mais il importe aussi de donner au spectateur sa part d'amour possible, d'espoir, histoire qu'il se reconnaisse dans ce personnage hyper-contemporain, tout à fait à l'image donc de la société. Les auteurs vont donc jouer sur les deux tableaux, pour le pire et le meilleur, jouant presque parfois (comme pour la première saison) aux schizophrènes, puisque le film est très exactement séparé en deux, chacune de ses moitiés représentant une tendance. Ici, on a une première partie hyper-cynique, et une deuxième qui tente de réparer les dégâts et vous donne du beau garçon, du sentiment et du violon. Curieusement, c'est cette deuxième partie qui est la plus réussie.

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Non, parce que vous avez beau avoir affaire au plus aguerri des dandys de ce siècle, moi je dis : trop c'est trop. Fleabag balance son fiel sur tout ce qui l'entoure, avec en plus ce petit truc agaçant de se mettre le public dans la poche par ses adresses directes à la caméra (qu'on est censés être les seuls à voir, artifice théâtral un brin putassier ici) : on est prié, pour être dedans, d'être d'accord avec cette ironie totale qu'elle pose sur chacun des personnages de la série. Cet aspect très cynique, donc, finit par donner l'image d'un monde insupportable, où tout se vaut du moment que ça peut passer sous les fourches caudines de l'humour de la dame, bien entendu 8ème degré. Or, trop d'amertume finit par tuer l'amertume : au bout d'un moment, on a envie, au choix, d'un brin de tendresse, d'un regard un peu plus bienveillant sur l'humanité, d'un peu de mesure. En voulant ainsi tout brosser façon néo-punk en couleurs criardes, le film perd en critique. Certes, les personnages opposés à Fleabag sont un ramassis de losers ou de névrosés, depuis sa soeur hystérique jusqu'à son beauf obsédé sexuel, depuis sa belle-mère déclaftée jusqu'à son père totalement perdu ; mais l'autrice a un peu oublié son humanisme en route, et nous sert des portraits à charge très caricaturaux, pour mieux mettre en valeur son propre personnage. Finalement, la série est bien à l'image de la société : nombriliste, fermée sur elle-même et sans nuance. Bon, ceci dit, c'est vrai que, dans la deuxième moitié, quand se développe un peu ce personnage de prêtre, le film devient un peu plus soft, plus chargée en émotions. Même si Andrew Scott, dans le rôle, en fait des tonnes, on peut être touché par cette histoire et remarquer que la vacharde Fleabag a enfin trouvé son alter-ego. Cette rencontre la rend un peu plus mesurée et touchante, et on ne rit plus contre les personnages mais avec eux, ce qui fait une différence énorme. Bon, à part ça, c'est vrai que c'est bien rythmé (un débit de mitraillette parfois carrément difficile à suivre, un montage cut impressionnant), remarquablement joué, et assez fun dans le sens de l'absurde (l'idée du renard maléfique). Juste un peu trop nihiliste pour moi, disons, qui avais envie d'un peu d'humanisme dans ce monde de brutes.

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