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De Toth reste modestement dans la série B efficace, sans chercher à faire carrière, et c'est vrai que ça a son charme. Ce n'est en tout cas pas avec ce petit western sans envergure qu'il rentrera dans la légende, mais comme ce n'est pas ce qu'il vise, comme il ne cherche après tout qu'à divertir le public sans en faire des caisses, on apprécie la chose, même si on est en droit d'attendre un peu plus. D'autant que Man in the Saddle, aussi oubliable qu'il soit, n'est pas dépourvu de style, et que De Toth cherche même, par-ci par-là, des éléments purement cinématographiques, prouvant qu'il n'est pas un tâcheron. Par exemple, il plonge l'essentiel de son film dans la nuit noire, dans une sorte d'esthétique assez radicale rappelant peut-être l'expressionnisme, et radicalisant ce choix en filmant une scène de fusillade où on ne voit pratiquement rien : on y aperçoit que les flammes des colts, quelques formes qui tombent, des vagues silhouettes qui courent pour se planquer, mais impossible de décider si c'est les bons ou les vilains qui tombent. Audacieux. Autre moment de bravoure : une bagarre dantesque le long d'une pente enneigée, où ça s'envoie des gnons énormes en dévalant la pente et en glissant, on a mal pour les cascadeurs. Ces quelques pics de style font oublier la fadeur du reste, notamment cette trame pas terrible que de Toth traîne comme un boulet.

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Randolph Scott joue un brave fermier entouré de menaces. En effet, l'affreux félon du coin, bien entendu riche et capricieux, achète peu à peu tout le pays, et met la main sur tous les malheureux de la région. Et notamment sur la promise de Randolph, qu'il épouse au début du film sans vergogne (premier bug dans la narration : on ne comprend pas les raisons de la belle de se marier avec l'affreux jojo). Beau prince, le Randie se la joue "je me retire dans ma solitude". Mais partant du principe que les choses qu'on ne possède qu'à moitié, on ne les possède pas (et la gorette semble encore amourachée du Randie), le félon organise félonement une véritable opération de félonie sur notre héros, tuant ses collègues vachers, spoliant ses terres, provoquant ses potes en buvant des petits verres de whisky tout en ricanant, etc. C'en est trop, il faut que les deux rivaux s'expliquent et fassent parler la poudre. Elle parlera d'ailleurs, au cours du final le plus bâclé de l'histoire du cinéma moderne : le méchant mort la poussière en deux secondes, hop un baiser de qui de droit, The end...Alors qu'on s'apprêtait à se frotter les mains, pour ce duel tant attendu qui prend place dans une ville balayée par le vent et la poussière, on se retrouve face au générique de fin sans l'avoir vu venir. Tout le film avance comme ça sur un rythme complètement tordu, certaines scènes s'étirant en longueur (on s'ennuie même un peu devant ces fusillades toutes pareilles), d'autres accélérant les choses sans qu'on comprenne la nécessité de la chose. Les acteurs étant en plus franchement moyens, mises à part les deux jeunes premières girondes, on passera sur ce film de série, qui a juste la politesse de nous servir de temps en temps un tout petit peu de style.

Man in the Saddle

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