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Tremble, Bourgeois, voilà ton pourfendeur ! Bégaudeau, sorte de Ruffin littéraire, type révolté et qui t'emmerde, tente de dresser un portrait de cette nouvelle classe molle, le Bourgeois un peu de droite, un peu de gauche, cet individu représentant direct de sa classe ancestrale ou ayant bénéficié d'un petit ascenseur social et qui s’y trouve bien, cet être qui discute beaucoup, a des avis sur tout, et qui n’aimerait finalement pas trop que les choses changent. Partant de l'idée que Bégaudeau refusa de trancher entre Macron et Le Pen, l'auteur fustige ce(s) parvenu(s) le cul entre deux chaises qui aimerai(en)t lui faire la morale et hérite(nt) en retour d’un bâton en plein dans la gueule. Parce qu'il ne faut pas trop le titiller le François : partant en guerre contre les poncifs, notre homme va démonter un par un les petits principes de cette gauche ou de cette droite pépère, de ces individus "cultivés" qui ne font qu'aimer ce qu'on leur dit d'aimer (il est de meilleur ton de dire qu'on aime Vanessa Paradis que Mireille Mathieu, par exemple - bon ça prouve aussi qu'on a encore des tympans), de ces lecteurs des Inrocks qui cherchent constamment le cool, à être dans le coup, de ces sprinters du dimanche qui achètent leur tee-shirt chez Décathlon - oh putain, c'est moi, ça... Il me parle, alors, le gars, et tenterait de me détruire par le menu ? Moi le grand voyageur (eheh pas comme lui), moi qui ne vote jamais (ah, comme lui, je marque des points, là, non ?)

Bégaudeau, loin de toute pensée unique sclérosante, parvient à lancer deux trois petites idées plutôt bien vues. Avoir peur des extrêmes de peur de perdre sa petite position, lire des "mags culturels in" et prendre plaisir à "aimer ce que l'on aime" (avec des intellectuels, éviter de dire qu'on est fan de Toto ou de Marillion, on passe pour un con... Avec d'autres gens plus stupides mais plus mélomanes, on passe aussi pour un con mais ça va, ne creusez pas ma tombe), passer son temps à paraître donc "cool", éviter toute sorte de débat trop prise de tête... etc, etc... Quand on sent qu'on est du mauvais côté, on se dit qu'il exagère (mais c'est rare, hein), quand on sent qu'on est avec lui, on se gausse (ah putain, j'en connais tellement des gens comme ça, ahahaha... oui, bon, certains sont des amis, mais pas tous, hein). Bégaudeau, sur son cheval blanc de la raison de gauche et des idées révoltées, pourfend, critique, dénonce, accuse alors même que lui est resté pur ; le combat à mener est démesuré, contre les médias, les éditeurs, les gens du cinéma, les politiques, (...) mais il est prêt avec sa plume à prendre chacun pour cible ; toute cette petite clique fière de ses idées, qui parle, parle et parle et agit peu (envers les plus démunis), ou juste pour se donner bonne conscience. Pas facile à satisfaire, le gars François, plus apte à engueuler son prochain qu'à se remettre en cause (il connaît tellement bien les gens qu'il "accuse" qu'on a parfois du mal à savoir pourquoi il les côtoie autant... il en semble en plus terriblement proche tout de même... Oui mais lui, ne mange pas de ce pain-là, il reste insatisfait, putain. Et révolté). Bégaudeau livre un petit jeu de massacre à la bien-pensance actuelle qui ne fait pas de mal, même quand on sent que ses balles nous frôlent ; il est moins convaincant pour évoquer de quelconques alternatives... mais au moins, contrairement à ceux qu'il critique, il y pense, ou essaie d’y penser. Et c'est déjà bien. Un petit pamphlet qui permet de réfléchir à quelques principes à la con bien dans l’air du temps ; jamais inutile.