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Un gars tout à fait équilibré, ce Adolf Hitler, si on en croit cette plongée dans son bunker final. Un portrait un peu à charge, quand même, que livrent Hirschbiegel et Bruno Ganz avec ce film, qui met plutôt en avant les défauts nazis du brave gars et peu ses qualités (goût immodéré pour la peinture, élégance naturelle, amour des enfants...). Oui, bon, j'arrête là l'humour à deux balles (c'est juste pour vérifier si Canalblog censure ou pas), et je m'attaque à la chose. Voilà donc les toutes dernières heures du IIIème Reich, concentrées sur le pilonnage de Berlin par les Russes. Enfermé dans son bunker, la Führer balance ses dernières cartouches et ses dernières invectives, et se heurte à ses généraux, gagné par une folie mythomane que les bougres ont du mal à endiguer : Adolf est convaincu que rien n'est perdu, qu'il a encore à sa disposition des flots d'armées, que la grandeur de ses ambitions ne peut par mourir... alors que les obus tombent dru, que les civils et les militaires meurent par grappes, alors que les plus fidèles nazis se suicident par paquets de dix. Autour de Hitler, c'est le chaos, et lui reste enferré dans sa déraison. Et s'il faut que le peuple allemand soit entraîné dans sa chute, eh bien tant mieux... Appuyé visiblement sur des documents hyper-précis, Hirschbiegel retrace les dernières heures d'Hitler et de sa clique, pointant la folie du gars, et raconte avec précision un régime se croyant invincible qui s'effondre dans la panique totale.

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Tout est passionnant de ce qui est montré dans le film : la croyance dans le führer de certains de ses généraux, le désespoir qui gagne peu à peu, le pathétique d'Hitler (Bruno Ganz, suffisant), les réunions houleuses entre fidèles, les colères titanesques d'Adolf, l'espèce d'indifférence qui gagne certains (Eva Braun qui organise des bals pour danser sur les cendres), la panique d'autres, le désarroi des civils... On sent que le film s'appuie sur de la documentation infaillible (et c'est vrai qu'avec un sujet aussi délicat...), qu'on ne peut rien reprocher au réalisateur de ce côté-là. On apprécie même de voir un discours qui sort du sujet strict, à travers le discours d'une vraie protagoniste de cette histoire, pointant son inconscience de l'époque, et livrant un mea-culpa très touchant : belle ouverture sur notre époque, et sur les dangers de céder aux sirènes du pouvoir. Mais mais mais voilà, il faudrait que le film sorte un peu des sentiers battus de la reconstitution au petit poil, de son esthétique de téléfilm cheap (photo immonde, acteurs inégaux, montage folklorique), de son cahier des charges scolaire. On comprend que Hirschbiegel marche sur des oeufs, qu'il veut que tout soit et fasse vrai, mais du coup il rend les choses un peu raides, sans émotion, appliqué. Comme si son film était fait par des techniciens plus que par un cinéaste. Et comme en plus ces techniciens ne sont pas irréprochables, on tique souvent devant ce son et lumière spécial facho. Travail honnête et juste et intéressant, mais réalisation empesée et guère passionnante.

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