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Le moins qu'on puisse dire chez Lav Diaz c'est qu'il prend son temps : si les dialogues s'enchaînaient comme dans The Girl Friday, le film durerait six minutes trente ; là, dans l’état, il faut pas moins de trois heures quarante (ah oui, c'est pas rien) pour achever la chose.... Alors, non, ce n'est pas inintéressant en soi : une femme, Horacia, sort de prison après trente ans d'attente (forcément qu'elle aussi elle a dû trouver le temps long) ; l'une de ses amies a fini par avouer le meurtre que lui avait commandité de faire un certain Rodrigo... Trente ans pour rien en quelque sorte... Elle apprend à sa sortie que son mari est mort (pleurs), que sa fille est grosse (joie), que son fils a disparu (inquiétude)... Avant même de retrouver la trace du fils, elle rôde jour et nuit aux alentours de la maison de Rodrigo : aucun doute sur le fait qu'elle voudrait lui faire la peau... Elle croise dans ce petit monde de noctambules, un vendeur d'œufs bossu plaintif, une clocharde un peu foldingue et un travelo. Horacia va-t-elle se servir de ces curieux individus pour mettre en place un champ d'action ou simplement, comme elle le faisait déjà en prison, s'occuper maternellement de cette faune ?

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Diaz ne nous donne pas vraiment une image carte postale vivifiante des Philippines : kidnapping, meurtres, violence, prostitution, corruption, misère... bref, pas vraiment la fête du slip. Horacia, genre de mère Térésa du pauvre philippin, ne peut s'empêcher de prendre sous son aile ces trois figures perdues, le vendeur sans le sou qui doit soigner ses gosses, la clocharde qui n'a pas pris de douche depuis douze ans et qui ressemble à une noiraude (pour les fans de Miyazaki) ou encore le travelo qui se fait proprement démonter par des jeunes gens peu scrupuleux ; des éclairs de violence, des plaintes, des pleurs, c'est pas franchement pouet-pouet et tirlipinpon pendant ces trois premières heures qui passent, euh, ben doucement quand même ; la dernière ligne droite sera consacrée à la mise en place, ou pas, du plan de Horacia pour se débarrasser de Rodrigo... Elle qui aide les plus démunis, elle si généreuse, elle qui a dû déjà payer pour un crime qu'elle n'a pas commis, peut-elle gagner quelque chose dans ce meurtre ? Elle qui a su contenir jusque-là ses émotions et se montrer plus empathique de Dieu lui-même, un Dieu tranquillement installé sur son nuage à laisser faire sans aucun scrupule des types comme Wauquiez, doit-elle se rabaisser à descendre cette crapule qui commence à en avoir lourd sur la conscience ? On a le temps (il faut apporter des réserves nutritives pour tenir) de réfléchir à ces divers dilemmes au cours de ce voyage au long cours dans les Philippines d'en bas. Diaz semble avoir un certain vice à ne pas vouloir dire « coupez », à faire entrer ses personnages tout au fond du cadre pour leur donner dix minutes avant de faire leur apparition, ou encore à demander quinze minutes de blanc et de silence complet entre chaque ligne de dialogues sans... C'est franchement un peu abusé, pour ne pas dire un peu inutile tant les différentes rencontres entre Horacia et les trois quidams finissent par tourner en rond. On prend son mal en patience en admirant ces plans fixes et ces acteurs investis mais on maudit malgré tout le monteur qui a absolument tout gardé et rien branlé... Au final, une œuvre genre "immersion" qui nous fait toucher du doigt certains problèmes locaux mais qui dans sa forme se complaît un peu à nous prendre en otage...

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