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Putain de musique bretonne. Si Rouaud avait consacré son documentaire à, je ne sais pas moi, un rocker, un guitariste de jazz ou même une danseuse étoile, j'aurais pu me laisser aller. Mais entendre pendant 1h20 le son de la bombarde (une sorte de définition de l'enfer, sorte de petite clarinette suraigüe qui évoque l'agonie du cygne et la langue de belle-mère), j'ai beau être ouvert, je ne peux pas. Voilà pourquoi j'ai passé finalement un sale moment à la vision de Avec Dédé, qui a pourtant tous les aspects du brave bon film irréprochable. C'est subjectif, je le reconnais, surtout si vous y ajoutez mon aversion indécrottable envers tout ce qui relève de la tradition, des racines et du terroir : le héros du film, c'est tout l'inverse, il s'est mis en tête d'entretenir la tradition de la musique populaire dans sa bonne vieille Bretagne, il est devenu THE spécialiste de la bombarde, et il y croit, le bougre. Il faut de tout pour faire un monde, oui.

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Bref : avec beaucoup de délicatesse, Rouaud nous fait découvrir ce passionné (d'autres diront "geek") tout à fait spécial. Couvert de tics, maladroit comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, Dédé pourrait facilement, avec sa dégaine à la Tati et son grand corps ballot, devenir sujet de moquerie. Or, le montage, très fin, nous empêche celle-ci : on aime le Dédé, oui, et on le regarde au final comme un grand enfant qui cache sous son côté asocial une culture musicale impressionnante, une vraie écoute des gens et une totale absence d'orgueil. Il faut le voir diriger une fanfare de bombardes (l'horreur absolue) ou travailler avec un pianiste classique sur les arrangements d'une chanson traditionnelle : sa culture hyper-spécialisée s'ouvre aux autres avec beaucoup de gentillesse. Rouaud est très habile donc pour "inverser la tendance", pour nous faire peu à peu accepter ce type burlesque et légèrement inquiétant, qui se trompe de porte pour entrer sur scène, qui reconnaît ne pas tenir compte du tout de son apparence, qui peut faire trois fois le tour de lui-même avant de choisir la bonne direction, qui s'agite façon épileptique avant de pousser la note (ouuuiiinrrrr). L'accepter et même nous le rendre très proche, grâce à ce choix de ne jamais quitter son héros, quitte à rendre le filmage très chaotique. Dans son intimité, Dédé peut être très attentif, très calme ; mais dès qu'il est en société, la caméra s'emballe, captant le gars dans tous ses débordements. Le film est aussi sur la culture populaire, sujet qui, je le répète, me laisse un peu de marbre, et on y voit moult Bretons danser au son des binious (brriiiiirk) en se fendant la poire (ça a pas l'air super dur, la danse bretonne, on se prend les mains et on les lève de temps en temps). C'est la marque-Rouaud, la ruralité, les petites gens, on ne lui en veut pas. Bon, son petit film, qui ne méritait pas quand même 1h20 de traitement à mon avis, est tout de même agréable dans sa façon d'aborder le personnage. Coupez le son, et ça reste même pas mal du tout.

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