vlcsnap-2013-08-10-22h45m29s6

J'aime le cinéma tout en modestie de Hong Sang-Soo, sûrement le réalisateur coréen le plus fidèle à l'esprit de la Nouvelle Vague - qui fait encore des remous, pour sûr, Godard et Varda allant paisiblement vers leur centenaire (au moins). Soit un jeune personnage féminin relativement fantasque (ou delusional en anglais) amoureuse (ou non... enfin si quand même) de son prof. Voilà tout est dit. Allons... Je dis "fantasque" et j'insiste sur le terme parce que celle-ci aime à écrire tout comme elle aime à rêver (elle a une préférence pour s'assoupir dans les restaurants et les bibliothèques) : rêves, réalité, fiction sont mêlés (HSS ouvre des parenthèses qu'il ne referme jamais - son héroïne s'endort et on ne la voit point se réveiller - ou ferme des parenthèses deux fois - ben oui, elle se réveille deux fois au même endroit) et il ne sert à rien de se prendre la tête à chercher à démêler l'écheveau ; tout fait finalement partie de la vie de Haewon et seule la mort aura son mot à dire pour mettre un point final à "ses diverses expériences" - réelles ou fictionnelles. Il y a donc "dans sa vie" cet homme marié qu'elle aime et qu'elle se plaît à fréquenter : il y en a eu d'autres - au moins un, un étudiant de sa classe -, il pourrait y en avoir d'autres - ce prof coréen qui travaille aux States et qui est un pote de Scorsese (ouais, bien sûr) : juste après leur première rencontre, elle se voit déjà l'épouser - mais elle revient toujours à son prof qui est également réalisateur à ses heures. Ils aiment à se balader ensemble en haut de collines ou dans des parcs, à se rouler fougueusement des pelles et à écouter une version bien pourrie de la septième de Beethoven sur un walkman qui date du siècle dernier. Va-t-il tout quitter pour elle, va-t-on inéluctablement vers le clash ? Enorme suspense...

vlcsnap-2013-08-10-22h46m08s124

A lire certains critiques ici ou là de ce film, je me demande parfois ce que certains cherchent dans les films d'Hong Sang-Soo : ils trouvent les discussions banales, l'histoire plate ou trop compliquée (parfois les deux !...)... Bref, ils connaissent le gars pour avoir vu plusieurs de ses films et s'attendent à voir sans doute le film d'un autre. Mais j'extrapole sans doute - suis un peu fantasque à mes heures si, si. Connaissant l'univers du gars, je ne cherche personnellement rien de particulier chez lui (une compréhension ultime du monde, allons, vous plaisantez), si ce n'est avant tout à prendre du plaisir ; et j'en prends croyez-le bien. J'aime à suivre ses histoires d'amour qui balbutient, qui peinent souvent à accoucher, j'aime ces personnages fragiles, rêveurs (la jeune fille ici... "fille de personne" d'après le titre anglais - mon niveau de coréen ne me permet pas d'affirmer qu'il s'agit d'une traduction littérale mais sans doute, hein -, en quête de repère, de certitude encore plus avec le départ en début du film de sa mère pour le Canada), ces héros masculins passionnés, indécis, colériques, peureux, amoureux (le réalisateur) et ces situations où le flot des paroles peut tranquillement s'installer. Hong nous sert une fois de plus des plans-séquences à tomber (celui notamment avec les étudiants dans le restau qui dure des plombes et qui sonne magnifiquement juste de bout en bout) et trousse des dialogues qui n'ont de cesse, notamment au détour de certaines réflexions, de parvenir à m'arracher des sourires (je suis ultra bon public avec HSS, c'est comme ça, on n'y peut rien... Je le suis moins avec Jean Becker ou René Féret c'est vrai, je le reconnais volontiers) : j'aime notamment ces petites remarques qui tombent comme un cheveu sur la soupe (Haewon qui, après avoir demandé à son ami si tout allait bien (oui, oui), le questionne pour savoir s'il est enfin véritablement sorti de sa dépression ; la précision faite sur la mère qui téléphone et non le bébé (ouais, faut le voir dans le contexte pour comprendre) et j'en passe...), ces montées en puissance soudaines dans la colère, ces discussions qui aboutissent souvent à l'impasse...

vlcsnap-2013-08-10-22h46m46s162

Haewon raconte (se la raconte aussi), ou rêve ou vit simplement sa vie avec ses doutes, ses envies (la très belle scène d'ouverture avec Jane Birkin), ses coups de coeur, ses "illusions", ses coups de blues. HSS livre un nouvel opus d'une grande fluidité en tentant de se glisser dans la peau d'une jeune fille moderne... Une "féminine touch" qui décidément lui réussit. HSS, définitivement mon sauveur pour le top 10 chaque année... Mais ne précipitons point les choses.   (Shang - 11/08/13)

vlcsnap-2013-08-10-22h48m55s17


 Je fais partie, pour ma part, de ces gens que HSS peine à convaincre, de ceux qui, effectivement, comme le regrette mon gars Shang, ont du mal à voir ce qu'il y a de grand dans ce "presque rien" que le réalisateur met en place. Je n'ai rien contre le minimalisme, contre la sobriété ou les petites choses de la vie, quand elles sont filmées par Truffaut ou Rohmer. Mais, même si incontestablemement Hong voudrait bien être le Rohmer coréen d'aujourd'hui,, il me semble qu'il est très loin du compte avec ce film-là. Pas pu m'accrocher à quelque moment que ce soit à un début de sujet ni même à un début de film là-dedans ; pour tout dire, je n'ai strictement rien compris aux intentions du maître. Son héroïne, petite Alice moderne perdue au pays des rêves et des espoirs, est trop banale pour faire un personnage, et ce qui lui arrive trop transparent pour faire une narration. Tout se passe comme si Hong ne voulait que filmer la vie toute simple, et ça pourrait être une belle intention ; mais alors son cinéma est trop trafiqué (les acteurs pas très bons, la mise en scène en plans séquences qui manque de sobriété) pour atteindre vraiment le réalisme visé. En fait, tout comme il y a des cinéastes de "plans" et d'autres de "scènes", Hong semble être un réalisateur de "séquences" et non de "films" : prises une par une, c'est vrai que certaines séquences contiennent un petit charme, des petits détails qui sont assez joliment troussés. Mais dans son ensemble, le film est fade, tellement minuscule qu'il devient inexistant. Bon, mais je le répète : je n'ai pas compris grand-chose à ce film, qui doit parler à une zone du cerveau ou du coeur qui n'est pas assez développé chez moi. Je laisse donc mon petit camarade le placer dans le top ten.   (Gols - 02/12/13)

haewon-bonus-video-jpg_1-7332242-imageData-5208186