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Cianfrance tente de nous livrer une réflexion sur la « paternité » un peu démonstrative, avec d’un côté l’histoire d’un père qui n’a pas pu reconnaître son fils et qui veut tout faire pour l’assumer, et de l’autre un père qui a reconnu le sien mais éprouve bien du mal à l’assumer. Construit en trois parties gentiment didactiques, The Place beyond the Pines expose tout d’abord le destin du beau gosse Ryan Gosling en quête de rachat, puis celui du flic Cooper en proie au tourment, puis ceux de leur deux fils respectifs qui, 15 ans plus tard, vont devenir (ah là là, le hasard quand même…) « potes » - avec les guillemets d’usage. Une première heure rondement menée avec un Ryan, motard de folie, qui découvre un peu tard qu’il a engrossé la sexy Eva Mendez. Elle a tenté de refaire sa vie, elle a encore un faible pour le Ryan, seulement voilà quel avenir autre qu’en rêve peut-il bien proposer à la belle et au gosse ? That is the question. Ryan qui a l’habitude de brûler la chandelle par les deux bouts va se lancer dans une série de braquages de banque : un joli petit pactole récolté de façon supersonique pour cet accroc de la vitesse - seulement à force de faire le malin en côtoyant le ravin, on risque un jour d’y tomber…

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Le flic responsable de sa « chute » va forcément se morfondre en prenant conscience, lui qui vient d’être père, lui qui a joué au héros sans vraiment penser à l’avenir de son propre gamin, hein, qu’il a sûrement privé un enfant de son père. Gasp. Tourments, quête pour le triomphe de la « vérité » (il n’hésitera pas à accuser le département de police où il bosse de malversations en allant jusqu’à porter l’affaire devant les tribunaux), chemin de croix vers le pardon (beyond the pines…), c’est ce que notre flic devra subir… La troisième partie se concentre sur les deux gamins devenus ados, leur vie de bamboche, leur questionnement sur leur père, etc… L’essentiel étant bien sûr apparemment pour le cinéaste/scénariste que les deux gamins finissent par assumer leur daron respectif, par les respecter l’un et l’autre dans son genre, la démonstration n’hésitant jamais à afficher au passage ses grosses ficelles…

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Gosling, tatoué de haut en bas, en motard rageur et Cooper, qui troque rapidement son uniforme pour le costard, en carriériste instinctif font le taff lors des premières 90 minutes de jeu ; la troisième partie (thèse, antithèse, prothèse) vient néanmoins tellement de loin qu’il est bien difficile de ne pas avoir un petit rictus moqueur devant les gros rouages scénaristiques du bazar. Cette dernière partie, où tout tend à la « sur-signification », est un peu grossière pour accoucher au final d’une souris (ah les rapports père-fils… po faciles… mais l’essentiel c’est le regard que le fils finit par porter sur son p… blablabla)… Deux premières parties qui ne manquent pas de sève mais qui ont malgré tout bien du mal à cacher la lourdeur de l’ensemble de la forêt…   (Shang - 19/06/13)

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 Que dire de plus ? C'est fade, un peu concon, lourdaud, et ne serait le côté assez sexy des acteurs, on serait même presque prêt à trouver dans ce scénario improbable des vieux relents de soap réchauffés. Cianfrance voudrait faire son East of Eden à lui, profondeur psychologique et personnages fouillés compris, mais il ne sait pas se tenir à bonne distance de ses personnages, tellement chargés qu'ils en deviennt mécaniques. Il fait pourtant tout ce qu'il peut, et réussit ça et là quelques scènes intéressantes : ce glissement, par exemple, d'une trame à l'autre lors d'une séquence de traque policière est très joliment surprenant. On pensait suivre le destin de Gosling, et nous voilà embarqué vers une autre direction, la chose passant par une mise en scène très efficace et pleine de suspense. Jolies aussi, ces premières scènes hébétées dans une foire où le beau Gosling fait des démonstrations de moto, ou cette façon de filmer la vitesse dans la forêt. On le voit, l'essentiel de l'inspiration technique de Cianfrance se concentre sur la première heure, la plus charnelle ; ensuite, quand il devient plus psychologique, quand il lorgne du côté de James Gray, il devient vraiment transparent. Pourtant, même cette première partie n'est pas dénuée de lourdeur, notamment à cause de Ryan Gosling lui-même, pris la main dans le sac d'une construction de personnage démodée. Le gars a dû regarder tout James Dean et tout Paul Newman avant de se trouver cette dégaine impossible de cow-boy solitaire, et quand il tire sur sa clope, on sent littéralement les dizaines d'heures passer devant sa glace à la recherche de la posture la plus à même de tomber les filles. C'est un acteur que j'aime bien d'habitude, mais là il a composé une couverture de magazine plus qu'un personnage.

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La deuxième partie passe encore à peu près, même si le "style" du réalisateur disparaît au profit de dialogues surlignés et d'un fond archi-usé (la recherche du père blabla). Mais c'est vrai que la troisième, avec ce twist invraisemblable façon hasard de la vie sur fond de lutte des classes, finit de nous achever, d'autant que côté direction d'acteurs, toute l'équipe a baissé les bras depuis longtemps. Ca s'achève sur une musique profonde et concernée, et nous on est un peu hagards devant ce film daté et léger comme une enclume en fonte.   (Gols - 16/01/14)