vlcsnap_2011_03_07_18h26m16s84Encore une rareté que je dois à la bienveillance de Shang, qu'il en soit oint de la tête aux pieds des huiles les plus essentielles. On peut dire que le roi Jean n'hésite pas sur les moyens dans cette méga-production en costumes XVIème et en chevaux blancs. Tentant de rivaliser avec les gros films de cape et d'épée de l'époque, Renoir accumule les éléments spectaculaires, avec souvent un peu trop d'application pour ne pas que ça sent la rentabilité de location à plein nez. C'est l'histoire d'une rivalité amoureuse en plein règne de Charles IX : Isabelle est convoitée à la fois par le preux Henri de Rogier et par le fourbissime François de Bayne, qui pour de sombres raisons politiques, a les faveurs de Catherine de Médicis. Après un ou deux assassinats et autant de banquets, les deux se cherchent tant et si bien qu'ils finissent par se provoquer en duel lors d'un tournoi épique : ce sera le grand moment du film, les gaules se cassant sur les heaumes luisants et les princesses se pâmant leur mère sous le choc des armures. Difficile, il est vrai, de reconnaître Renoir sous les ors et les paillettes de ce film trop bling-bling pour lui. Même son légendaire humanisme disparait au profit du spectacle à tout prix, et le film ne prend jamais le temps de s'arrêter sur les personnages. Pourtant, il souffre clairement vlcsnap_2011_03_07_19h02m25s8d'un gros manque de rythme : trop d'intertitres, trop de scènes purement illustratives qui auraient pu être enlevées au profit de portraits qu'on sent parfois timidement pointer leur nez (ce sourire naïf du roi-enfant Charles IX quand son héros gagne une bataille), ces gardes croquignolets, ou ce félon parfaitement vomitif (Aldo Nadi, médaille d'or de fleuret aux JO de 1920, je vous le dis pour que vous brilliez en société). A la place, il faudra se contenter d'un spectacle parfois fort agréable (le duel à l'épée sur la forteresse de Carcassonne a dû doper le tourisme de cette année-là), souvent lourdaud. Mais le film est suffisamment bien fait pour satisfaire, par sa violence surtout, qui rompt avec l'imagerie classique hollywoodienne (le méchant qui, après avoir assassiné un gusse, essuie son épée avec les cheveux de sa fiancée, la galanterie se perd), par ses inspirations de mise en scène ensuite : belle utilisation des amorces pour développer des arrière-plans très bien encadrés, dynamisme du montage, talent pour remplir l'écran (la mort du bad guy, avec ces gardes qui le lacèrent avant de s'écarter dans une sorte de magma de violence, en plongée), et même un plan filmé depuis un cheval (ça tangue). Ça nous suffira bien, même si on peut préférer le Renoir plus calme et plus humain qui pointera bientôt sa truffe.

Renoir est tout entier ici