Vous prenez Fenêtre sur Cour, vous remplacez James Stewart par Barbara Stanwyck (malade, elle stagne au lit) et la fenêtre par le téléphone, et vous obtenez ce fabuleux petit film noir : ça commence par une étrange discussion que Barbara capte par hasard sur la ligne (il est question d'un meurtre qui doit avoir lieu à 23h15) et, de coups de fil en aiguilles (celles de la pendule), on parvient à l'une des séquences finales les plus hystériques du genre... Raccrochez-vous, pardon, accrochez-vous au siège, la tension monte jusqu'à devenir insoutenable...

sorrywrongnumber

Ce que j'adore dans les films noirs, en particulier, c'est la complexité terriblement énervante du scénar : on nous livre progressivement des bribes d'infos, et, même mises en relation les unes avec les autres, on se demande franchement quel est le rapport avec la choucroute... Et puis dans les cinq dernières minutes, oh putain, tout commence à prendre sens... Auparavant, on nous a juste baladés comme un chihuahua en laisse incapable de comprendre pourquoi le monde autour de lui est si grand. Sorry, wrong Number est un must du genre, les fils s'embrouillant tout du long jusqu'à faire un gros noeud, sorry02noeud qui se démêle pratiquement à la dernière seconde... Pourtant au départ, on se dit qu'un polar avec une héroïne, seule, alitée, n'ayant à portée de main qu'un téléphone, ça s'annonce relativement plan-plan... Elle n'arrive point à rentrer en contact avec son mari, bon, elle ne cesse de relancer l'opératrice qui se trompe dans la connexion, surprend une conversation qui fait froid dans le dos, alerte l'opératrice, la police... Tout le monde s'en branle. Elle continue à passer deux trois coups de fil - son père, la secrétaire de son mari -: histoire de ne pas trop nous endormir la caméra fait le tour de chaque pièce avant de se fixer sur l'interlocuteur - pourquoi pas, mais le procédé s'annonce lassant à la longue et puis... Litvak lâche les chevaux, l'échevau même, au niveau de la construction narrative : les différents interlocuteurs de la Barbara se mettent à raconter une histoire - tiens, un flash back - histoire au cours de laquelle ils ont rencontré quelqu'un qui leur a raconté une histoire - ah flash-back dans le flash-back, bien -, histoire qui peut, le cas échéant, se révéler plus longue que prévue - second flash-back dans le flash-back, ou... flash-forward après le flash-back dans le flash-back... oh putain...

stan191

Plus Barbara (Mrs Stevenson) avance dans sa petite enquête pour savoir ce que fout son mari, plus la pauvrette se demande bien dans quoi elle est tombée : elle rentre en contact avec une ancienne amante de son homme, dont le mari travaille avec la police, qui enquête justement sur Mr Stevenson, aaah... De plus en plus effrayée, suant sa mère (...), elle prend contact avec son docteur qui lui en apprend de belles... sur elle-même (ah ben non, elle ne souffre pas du coeur, elle est juste un peu hypocondriaque, mais...?) puis avec un certain Evans qui travaille dans le labo du père de Barbara (richissime) et qui semble avoir magouillé des choses avec la gars Stevenson... ouhlàlà... On comprend pas toujours tout, mais on voit bien que cela commence à sentir le pâté. Ok, notre héroïne est un peu possessive, elle a sûrement fait tourner un peu en bourrique son mari, qui, frustré de travailler pour son père le richard, a tenté de trouver sa propre voie, mais de là à... Nan... Diable, y'a de la friture sur la ligne, ça commence à sentir dangereusement le roussi... Barbara Stanwyck, constamment pendue au téléphone, est de plus en plus livide à chaque coup de fil : chaque révélation est comme un véritable coup de poignard dans son dos, et on se demande si elle va tenir jusqu'à 23h15 (ben ouais, il y a un crime sur le feu quand même)... Ah tiens elle parvient enfin à avoir son mari en ligne, pas trop tôt... Coupez !... Magnifique petit polar en chambre signé Litvak, qui nous tient méchamment "occupé" d'un bout à l'autre. En prime, la musique tonitruante de l'incontournable Franz Waxman qui participe pleinement à faire monter la pression. Joli numéro ma foi.