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Troisième opus du gars Beauvais nous contant ses aventures (circoncises ou non-achevées) avec son "égérie" d'alors, un certain Arno. C'est la voix-off de ce dernier que l'on entend surtout au cours de ces longues quarante-six minutes : un type de vingt ans avec déjà des idées arrêtées sur tout, qui se croit obligé de faire une autopsie du sentiment amoureux ou des joies de la vie de famille. C'est tellement complaisant que c'est très vite pénible - cette voix, pleine de points de suspension comme si le gars réfléchissait avant chaque mot, nous sort des banalités creuses bourrées d'autosatisfaction. Cela pourrait se résumer simplement à "Tu m'aimmmes, pas mmmmoi, je sais que c'est dur, tu vois, mais..." Oh, ferme-là, finis ta cigarette en silence et pars vivre ta vie sans faire chier les autres. Mais je m'emporte.

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C'est, donc, on l'aura compris, le triste récit d'un amour non partagé filmé par un Beauvais que l'on sent dépité. Sur ces mots, Beauvais place des images, de voyages, de lieux visités seul ou avec ce type. Des cieux, des chats, des feuilles, des fils électriques, des choses qui pourraient sembler n'avoir absolument rien à voir avec la question... Mais c'est là justement que se situe tout l'intérêt de la chose : alors que l'on ne voit guère, au départ, la relation directe entre le son et l'image, notre esprit peu à peu, ne peut s'empêcher de tisser des liens entre ce qui est dit et ce que l'on voit (le montage, extrêmement précis, s'y prêtant plus souvent qu'à son tour) : des jouets d'enfant abandonnés, une piscine sale, une feuille morte... on se plaît à se dire que ces images illustrent finalement parfaitement, ce sentiment d'abandon, cette impression de gâchis, cette séparation difficile comme si Beauvais, mine de rien, parvenait à nous prendre dans les rets de son fil/style cinématographique. Comme si finalement en tissant ces liens (voulus ou non par son auteur, là n'est pas le problème), on entrait un peu dans son intimité, dans sa conscience, dans son imaginaire, dans sa peine. Une histoire d'un ratage un peu chiante, certes, mais qui démontre une nouvelle fois les talents tout en allusion d'un cinéaste modeste, sans illusion.

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