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Le cinéma de Vlácil est un cinéma ardu - autant dire, on ne se fend pas la poire à tous les étages - mais souvent esthétiquement assez bluffant. Pour cet Adelheid qui se concentre sur les rapports entre un Tchèque et une jeune Allemande qui bosse à son service dans l'après-guerre, aucun doute qu'on reste dans l'ardu, pour ne pas dire l'"âpre" et même si les cadres sont toujours aussi travaillés, l'aspect formel demeure moins éblouissant qu'un Marketa Lazaraová (Vous pensez bien que je ne suis pas un novice sur le travail du gars Frantisek). Pour faire rapide, le pitch est simple : un Tchèque, ancien lieutenant pour la RAF en Ecosse, revient dans son pays pour "prendre en main" un manoir non loin de la frontière allemande ; il se trouve d'ailleurs dans cette zone encore pas mal de teutons, dont la chtite Adelheid dont le père habitait justement le manoir. Celui-ci ne devrait pas tarder à être jugé et pendu et l'Adelheid, bientôt orpheline, entre au service de ce gazier tchèque qui a tout, de prime abord, de la bonne pâte. Seulement peu à peu, notre Tchèque va vouloir prendre l'ascendant sur cette créature et coucher avec elle (ah les hommes...). L'Adelheid semble se plier tant bien que mal à son bon vouloir, encore faudrait-il qu'elle ne cache pas son jeu...

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Vlácil parvient parfaitement à capter ce jeu incessant d'observation entre ce "gentil" prédateur (mais on a tôt fait de vouloir profiter de la situation quand on a le power) et cette charmante proie qui n'ose jamais laisser deviner ce qui se trame dans sa tronche : que le tchèque observe sa bonne avec des jumelles, entrouvre des portes pour la surprendre en plein travail ou s'amuse à suivre ses tribulations quand il y a des invités, on a souvent l'impression que ces deux-là passent leur temps à se chercher, à s'évaluer. Un jeu du regard d'autant qu'il y a entre les deux la barrière de la langue et qu'il leur est bien difficile de réellement communiquer. A force de lui tourner autour, le Tchèque va finir par craquer et lui donner l'ordre d'aller l'attendre dans son lit. Ce manque de respect et cette soudaine prise de confiance vont tout de même le conduire en "terrain miné", comme le laissait prévoir le début du film ; il se passe po grand-chose pendant quatre-vingt minutes, mais on a droit à un vrai carnage (mouais, si, tout de même) dans la dernière ligne droite. Le sujet est noble - aussi bien historiquement qu'humainement -, traité avec un oeil aiguisé - pas un manchot notre ami Frantisek aux manettes - mais, avouons-le malgré tout, un tantinet plombant ; je veux bien qu'on soit tout dans la nuance et le minimalisme, mais franchement ce huis-clos dans ce manoir est tellement anxiogène que le spectateur finit par chercher un peu l'air. Bref, à voir plutôt un grand jour d'euphorie - vous serez vite calmés, marche.   

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