19103699_w434_h_q80Bruno Podalydès semble bien être l'auteur d'un seul bon film (Liberté Oléron) et de quelques courts-métrages attachants. Ce n'est en tout cas pas avec Bancs Publics qu'il parvient à retrouver le charme indéfinissable de ses oeuvres de jeunesse. Pas que le film manque de douceur, ni qu'il ne prenne pas le risque de jouer sur un humour assez original : c'est juste que c'est d'un ennui profond, et que ça met en valeur la tendance la moins intéressante de son cinéma : celle du minuscule brandi comme un des Beaux-Arts. Certes, le cinéma ne doit pas nous présenter que des grandes histoires. Mais là on touche carrément au film-Bénabar, qui s'enferme dans un quotidien plat et tout petit.

Trois décors (un bureau d'entreprise, un parc, un magasin de bricolage) dans lesquels vont s'entrecroiser 40000 stars, le tout autour d'un micro-évènement inaugural : quelqu'un a affiché sous sa fenêtre une 19103708_w434_h_q80banderole "Homme seul". A partir de ce bizarre slogan, Podalydès va déployer tout un réseau de personnages et tenter de livrer un portrait de la solitude moderne. Car tous ces personnages sont seuls dans la grande ville, depuis le petit vendeur trop doux jusqu'au chef d'entreprise, depuis l'employée partant à la retraite jusqu'au dragueur des jardins publics. Ce qui est touchant là-dedans, ce n'est pourtant pas ce sujet rebattu et assez niais : c'est plutôt l'humour et la fantaisie qui se dégagent de ces toutes petites situations. On le sait, Podalydès est un fan de Tati et de Tintin, et il parvient parfois à la drôlerie des détails de l'un et à la simplicité de trait de l'autre. Il suffit d'un rien, un avion en papier, une machine à perforer, un téléphone portable, pour que les situations drolatiques s'enchainent jusqu'à l'absurde, un absurde que le cinéaste décide de traiter à l'infime, sans en rajouter. Une ligne de dialogue suffit pour développer un petit jeu de mot, un regard pour déclencher 19103696_w434_h_q80l'humour d'un personnage. Ca fonctionne parfois, quand les acteurs comprennent le truc (Podalydès lui-même très nettement au-dessus du lot, son frère toujours très bien, Bourdon pas mal, Balasko touchante); pas du tout quand ils prennent ça pour un film comique (Seimoun à côté, Arditi pas drôle, Lauby éteinte). Bref, ça et là, on savoure un certain charme.

Mais l'inconvénient est que ça ne décolle jamais de ça. Mal monté, curieusement mal fagotté et construit, le film se contente de ces petits bouts de sketches mis bout à bout. C'est tout à fait à l'image de cette énorme liste de stars qui défilent pour dire leur ligne de dialogue. Sincèrement, avait-on réellement besoin de Lhermitte, de Julie Depardieu, d'Amalric, de Bruno Solo ou de Emmanuelle Devos pour camper ces figurants n'ayant rien d'autre à défendre qu'un petit caméo sans importance ? A part le fait 19103707_w434_h_q80d'afficher un carnet d'adresses impressionnant, on ne voit vraiment pas à quoi ça sert. Aucun intérêt là-dedans, et on tombe bien vite dans le morne ennui inhérent à ce type d'exercice ("tiens, machin ! tiens, truc !"). La simplicité fait très vite figure de naïveté (le final est une horreur de mièvrerie qui rattache le film à l'autrement plus beau Versailles Rive gauche), et on ressort de ça dans le même état que quand on est entré, avec l'impression d'avoir assiste à un mignon petit morceau de rien strictement sans aucune conséquence. Charmant par bouffées, gavant et manquant d'ambition la plupart du temps. (Gols 22/07/09)


Comme dans Le Parfum de la Dame en noir, Podalydès semble complètement désintéressé par la construction narrative de son récit, ne trouvant apparemment d'intérêt qu'au jeu "truculent" de ses acteurs. Le problème, justement, c'est qu'ils ne le sont guère, peu aidés par ces micro-dialogues dignes de sketches de Palace sans en avoir la saveur. Certains tirent leur épingle du jeu (je suis fan absolu d'Hippolyte Girardot et d'Olivier Gourmet, de toute façon...), d'autres cabotinent à mort (Seimoun, en effet, voire même un Poelvoorde qui se débarrasse le plus rapidement possible de sa scène...), et une grande partie doit se contenter d'apparitions quasi-fantomatiques sans grand intérêt. Il y a bien quelques répliques qui chatouillent les zygomatiques ("Comme disait Jean-Pierre Marielle, un homme de cinquante ans qui se lève le matin pour aller travailler sans ressentir de douleur est un homme mort" - j'en ris encore - ou ce pauvre Hippolyte qui dit se voir contraint, pour la première fois dans sa vie, à faire un "geste d'amour forcé"). Quand Podalydès tente de s'immiscer dans le burlesque - l'homme mimant le récit de la mort du hamster de sa fille ou un Denis Podalydès ne parvenant pas à déglutir la mixture pour poisson -, c'est toujours avec une certaine lourdeur, et même si ses acteurs semblent prendre un plaisir évident à faire fuser leurs petites répliques, ce plaisir demeure loin d'être communicatif sur la longueur. Je garde un souvenir beaucoup plus léger, naturel et rythmé de Versailles Rive gauche et cette rive droite apparaît en comparaison bien poussive et vaine. Un énorme plateau d'acteurs français un peu difficile à digérer.  (Shang 16/03/10)

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