Magnifique édition pour ce DVD des courts-métrages de Podalydès : pas moins de 14 petits films, et puis des bonus pour une fois intéressants, qui renseigneront dans la gaieté les apprentis cinéastes sur les moyens de filmer avec 3,30 euros et une bande de potes. Rafraîchissant.


4766Le premier court du gars Podalydès s’appelle Le dernier Mouvement de l’été (1989). C’est une jolie rêverie en 8mm, qui s’enroule autour d’une chtite musique au piano à mourir. Seul dans une chambre, un gars triste se masturbe mélancoliquement en matant des polaroïds de femmes nues sur la plage. En parallèle sont filmées les femmes « en vrai ». Ce petit bidule muet, mais très joliment « bruité » est étonnant de la part du réalisateur de comédie qu’on connaît. Entre Genet et les films de vacances, pas mal du tout. En tout cas beaucoup mieux que le morne Vertiges (1989), qui n’est qu’un film de famille (le gars filme sa nana, bon), malgré les efforts démesurés de Podalydès pour faire croire que ses cadres sont inspirés et son « actrice » habitée. C’est à deux doigts d’être mièvre, en tout cas c’est bien chiant.

Versailles Rive Gauche (1992) est un petit bijou de comédie, qui fait toujours rire 14 ans après. A partir d’une situation totalement idiote (un gars invite une jeune fille chez lui, mais il est aux chiottes quand elle arrive, d’où gène, le gars n’ose pas tirer la chasse, ce sera sa grosse erreur), Podalydès s’amuse à suivre le fil du délire, et remplit son appartement, et donc son écran, de tas de « fâcheux ». Les allusions aux Marx Brothers et à Tintin sont tout à fait pertinentes : on est dans la légèreté pure, voire dans le non-sens. Si le film est un poil long et a du mal à aller jusqu’au bout de son délire, il est totalement réussi côté acteurs, qui sont tous d’un naturel saisissant. On sent le film devoila potes, et c’est tant mieux. Côté réalisation, le pépère fait ce qu’il peut dans la contrainte des 9 mètres carrés de son décor, et s’en tire plus qu’honorablement, en suivant toujours les mouvements de ses acteurs au plus près. La caméra se fait oublier, très discrète, et pourtant en ouvrant l’œil on voit la subtilité de la chose (tel personnage qui se déplace, suivi par la caméra, qui s’arrête pour recadrer un autre acteur qui passe dans le champ, etc.) Ce mignon réseau entre les comédiens est très agréable à regarder (on pense parfois à la simplicité d’un Truffaut) et fait du film un beau moment d’apaisement. A noter une fausse « suite » au film (« Que sont-ils devenus – En attendant Versailles Rive Droite ») réalisée récemment en DV foutraque, assez poilante elle aussi dans son absurdité et le talent d’impro des comédiens (Vuillermoz en tête), et très amère dans son idée.

Le sympathoche Voilà (1993) est lui aussi assez inspiré. Bon, je préfère le cinéma un poil plus rêche, mais dans le genre « petit film à la poésie toute simple », c’est très joli. C’est juste un gars qui emmène son bébé de quelques mois à la découverte de la nature, et lui montre les vaches, les mûres sauvages, la mer, etc. Juste ça. Le film est d’une douceur incomparable, et la fantaisie est bien là encore une fois, grâce à l’ineffable talent d’improvisateur de Podalydès frère, en rôdage de son futur personnage de Liberté Oléron, absolument juste, subtil et drôle. Ça sent la fin de siècle, mais de façon mélancolique et feutrée, polie pour ainsi dire.

Comme autres petits bidules, il y a M. Espapec (1996), tentative de minuscules sketches sur le quotidien, à la Mr Bean, mais assez ratés à cause d’un acteur moyen, et en tout cas sans intérêt au niveau du filmage pur (plan fixe) ; Histoires Gratuites (1994), cinq jolis essais de greffer des histoires sur des images banales (mire de la télé, écran de minitel, feux de circulation…), malheureusement inégaux suivant les acteurs ; La Baignoire (1994), très marrant dans son amateurisme, qui envisage de filmer la salle de bain comme un film d’Ushuaïa, « podalydèsien » à mort ; et Les Frères Siamois (1994), sans intérêt, on croirait un sketch de Jacques Martin pour Le Petit Rapporteur.