nbc_retro_bilgi_kasabaC'est vrai que le cinéaste turc fait partie de ceux qui aiment à prendre leur temps, semblant donner plus d'importance à la création d'une ambiance (photo noir et blanc déjà magnifique, travail impeccable sur la bande sonore qui rend compte de chaque frémissement de la nature) qu'à la progression de son scénar. Dédiée à ses parents, on ressent indéniablement, dans cette oeuvre, la volonté de se pencher sur le monde de son enfance se focalisant, en particulier, sur trois longues séquences : une classe d'école entourée de neige, une ballade en forêt effectuée par deux bambins, et une longue discussion au coin du feu entre les différents membres de la famille. Il prend son temps donc pour nous montrer ce temps qui s'écoule aussi tranquillement que l'eau d'une rivière  - dernière image assez évocatrice -, s'attachant avec poésie à une plume qui s'immisce dans cette classe d'enfants, aux miaulement d'un chat derrière la vitre, aux larmes de cette petite fille touchée au coeur par une réflexion de l'instit, à une tortue retournée sur le dos - enfance, temps des découvertes mais aussi de la cruauté, moui -, évoquant également avec précision les différents destins de ces trois générations d'hommes : le grand-père aventurier malgré lui qui a parcouru le monde en étant exploité, le père qui est parvenu à faire des études universitaires à la force du poignet, son neveu qui cherche encore sa voie dans ce petit village au milieu de nulle part. Des discussions qui s'emballent sous l'oeil à moitié endormi des deux bambins entre rêve et réalité, comme de lointains souvenirs que le cinéaste tenterait de reproduire avec fidélité. Premier long-métrage du gars Ceylan qui impose déjà sa marque de fabrique, même si les côtés un peu lâches de son histoire, les incontournables longueurs, laissent sans doute un peu sur sa faim. Suffisamment de belles choses néanmoins, dans cette indéniable capacité à capter ces vies simples, pour avoir envie de découvrir sa seconde oeuvre Nuages de Mai.   

kasab