LIVRE : Nouveaux Contes de la Folie ordinaire de Charles Bukowski - 1967-1972
Enième relecture de ce bouquin improbable, et qui m'a encore donné l'impression que les plus grands génies littéraires sont aussi les plus malpolis. Bon, le titre original de Nouveaux Contes de la Folie ordinaire, c'est "Erections, Ejaculations, Exhibitions and general Tales of ordinary Madness", ce qui, reconnaissons-le, annonce bien la couleur (mieux, en tout cas). Ces contes sont comme de bien entendu des crachats verdâtres adressés à la face du monde, ne respectent rien, ni la littérature, ni les femmes enceintes, ni le travail, ni l'auteur lui-même, sont écrits très visiblement dans un état proche du coma complet, se mettent la grammaire dans le caleçon pas net, insultent, haïssent, ricanent, grincent, révulsent... et pourtant, les seuls sentiments qui restent à la sortie de cette descente aux enfers d'une impureté totale, c'est la tendresse, l'humour, et (allons-y carrément), une certaine forme de romantisme.
Buk a beau envoyer aux chiottes tout ce qui est respectable, on s'attendrit devant ses pauses mutines à la vue de jambes de femmes, devant ses calculs savants et voués à l'échec sur les champs de course, devant ses déclarations d'amour à la solitude et à Mahler, devant ses fulgurantes formules sur la littérature et la poésie, et surtout devant cette inadaptation chronique et revendiquée face aux valeurs américaines (et mondiales). Les potes du gars vomissent dans les soirées mondaines, violent des cadavres ou des petites filles (boum, 2 mots-clés en plus sur Google), éventrent des chiens, mais il y a dans cette façon de les regarder, dans cette écriture frontale et faussement simple, une humanité que n'obtiennent jamais nos grands savants du langage.
Alors bien, sûr, il y a à boire et à manger dans ce gros recueil (surtout à boire) : certaines nouvelles sont un peu trop bâclées pour être convaincantes, et on a parfois du mal à suivre la direction d'ensemble recherchée par les éditeurs de la chose (on passe d'un récit de science-fiction à un essai sur les chevaux, de notes autobiographiques à des pures fictions). Mais la force de Buk est là, indéniablement, si bien qu'on finit par comprendre les gars qui frappent sans arrêt à sa porte pour le rencontrer (sa hantise, s'ils n'emmènent pas au moins 6 packs avec eux). Malgré une traduction absolument immonde de Léon Mercadet (qui fait dire au personnage "j'ai les glandes" quand il voit une jolie fille, ou qui lui fait fumer "de la merde"...), j'adresse une révérence profonde au grand gars, qui à l'heure qu'il est, se tape sûrement une diablesse en enfer. Respect.
Commentaires sur LIVRE : Nouveaux Contes de la Folie ordinaire de Charles Bukowski - 1967-1972
- méfiance et ouverture d'oeilParfait, karamzin, mais attention : le journal de bukowski est en 4 tomes, très inégaux. Rue-toi sans problème sur "Souvenirs d'un pas grand-chose" ou "Mémoires d'un vieux dégueulasse", mais évite "Le ragoût du septuagénaire" ou "Le capitaine est parti déjeuner", qui sont des fonds de tiroir vieillissants.

Anne, oui, finis Moby Dick; après, je te conseille encore une cinquantaine de chefs-d'oeuvre. Ca marche ? - journal ou mémoires...je suppose qu'il s'agit de notes of a old dirty man, qui est le titre en anglais du bouquin que j'ai et que j'ai commencé à lire hier soir, comme quoi hein!, bon ceci étant dit, faut quand même que je t'avoue qu'après cinquante pages, le gars qui se permet de dire de faulkner qu'il est un petit tas de nullité alors qu'on le sent bien, hein, qu'il n'a pas le quart de son talent, que jamais il n'aurait pu écrire son "si je t'oublie jerusalem" (selon moi, son meilleur bouquin et de loin, sûrement à cause de Charlotte R. ça), ne m'emballe pas plus que ça ! sorry donc, l'ami Gols.

PS: suis preneur pour ta liste des 50, aussi si tu pouvais la rendre publique, tu ferais un heureux de plus (perso, je conseillerai :
1. Albert Cohen: belle du seigneur (le plus grand livre du monde!)
2. William Faulkner : si je t'oublie jerusalem
3. Agueev: roman avec cocaïne
4. Dostoievski : l'idiot
5. William Styron: Le choix de sophie
6. Louis Guilloux : le sang noir
7. Daniel Arasse : On y voit rien
8. Patrick Modiano : dora bruder
9. André Schwarz-Bart: le dernier des justes
10. Marcel Proust : du côté de chez swann
11. Amos Oz : une histoire d'amour et de ténèbres
12. William Shakespeare : le songe d'une nuit d'été eh oui, malgré les tragédies!
13. Dostoievski : Crime et châtiments
14. Nicolas Gogol : les âmes mortes
15. Thomas Mann : les buddenbrook
16. Hermann Hesse : Le loup des steppes
17. Vassili Grossman : vie et destin
etc, etc.. - Pas mal pas malJolie liste, camarade. J'ai déjà lu tout ça (à part Agueev, Arasse (jamais entendu parler), et Schwartz-bart, je note). Assez d'accord avec toi sur pas mal de bouquins, j'ai tendance à préférer Sanctuaire du gars Faulkner, mais bon. Bien vu pour le Mann, effectivement un de ses meilleurs.

Dresser la liste de nos 50 bouquins préférés...!!! dur dur : pour ma part, j'ai 234 livres préférés, au moins, et je crois que Shang est dans le même cas (ça serait sûrement pas les mêmes). Bon, j'essaierai de m'y coller un de ces jours.
Quant à Bukowski, c'est justement quand il crache à la gueule des gens estimables, quand il est de mauvaise foi, que je l'adore. Dans d'autres textes, il encense Faulkner. Parfois il détruit Hemingway, parfois il reconnaît qu'il lui doit tout. Buk s'apprivoise doucement, énerve beaucoup, et finalement réjouit profondément. Pas le quart du talent de Faulkner, dis-tu : incomparables. L'un fait de la littérature, l'autre tente de survivre. - pas si long le buk...et comme je sais maintenant par quel bout le prendre, que le gars est un vrai désenchanté, j'irai jusqu'au bout, du coup, saul bellow attendra, même s'il me tarde d'attaquer son augie march. pour ce qui est de ce top bouquins maintenant, te frappe pas Gols, y a pas non plus le feu au lac, j'ai au moins dix livres qui m'attendent, et pas non plus besoin d'en faire un classement, jeter des noms sera bien suffisant, pour moi, c'est juste histoire de ne rater personne (bouh ! pas fait littérature à l'école). Quand tu pourras, donc.

PS: à mon tour maintenant d'appuyer Anne, SB valant vraiment le détour, le gars ayant selon moi écrit le plus grand livre parlant de la shoah, quant à arasse et agueev, il faut absolument les tenter, l'un pour son immense culture, ici enfin accessible (en plus son livre est vraiment très drôle), et l'autre pour son effarante lucidité.
bonne fin de journée à vous. - Saul BellowBon je ne suis point intervenu dans cette liste de livre et étant un peu compulsif sur certains auteurs - surtout américains et contemporains dirait Gols en se marrant -, je ne devrais point tarder. Enorme souvenir des aventures d'Augie March dans ma tendre jeunesse, donc ne te Bukowskise point trop!















