51xTrrGuncLC'est toujours un plaisir de retrouver notre bon vieux clodo fan de Mahler et obsédé des femmes, surtout quand il s'agit comme ici, de ses débuts en célébrité : ce recueil est composé d'articles de journaux, écrits avant ses grands livres pour la plupart, non publiés dans le premier tome, et on se demande bien pourquoi on ne les a pas édités plus tôt. C'est tout simplement jouissif. Non pas que ce soit d'une terrible originalité quand on a lu maintes et maintes fois, comme votre serviteur, l'oeuvre complète du sieur. On y retrouve toujours les mêmes obsessions, les mêmes motifs, le même style, mélange d'humour trash, de dépression chronique et de virilité brandie, sur fond de femmes faciles, de cuites mémorables et de courses de chevaux. On ne refait pas le vieux Buk, et il écrit finalement toujours la même chose : que la vie est une pourriture sans fond, que les femmes en sont à la fois le remède et la plaie ("Le problème avec les femmes, c'est qu'elles sont le problème"), que rien ne vaut une petite bière à siroter seul dans son lit le cul tourné vers le plafond. On ne saurait mieux résumer l'existence. Buk le fait avec une élégance rare, que démentent pourtant les sorties scandaleuses auxquelles il se livre parfois : pédophilie, nécrophilie, sado-masochisme, sont dans ses textes des lieux communs. Pourtant, oui, Buk est élégant, curieusement touchant quand il se livre à l'autoportrait en creux ou à ces petites nouvelles a priori anodines qui en disent long sur le poids de l'existence aposé sur les épaules du brave prolo, délicieusement révoltant quand il s'enfonce dans la boue et surenchérit systématiquement sur le scandale précédent. Son écriture, débarrassée de toute trace de gras, est proche de l'os, virile, directe, simple ; mais on se rend compte que pour arriver à cet état-là du style, il faut pas être n'importe qui, et que derrière le semblant de bâclage il y a un vrai travail de rythme (bien rendu par la traduction). De la race des Hemingway ou des Wolfe, quoi, même si Bukowski envoie valdinguer la littérature dans les mêmes égouts que tout ce qui fait l'opium du peuple (le travail, l'amour, les relations humaines, la consommation). Une saine lecture, finalement, qui remet bien les pendules à l'heure et donne l'envie de s'en décapsuler une petite en matant les jambes des filles.