9782246807568,0-2547868Il y a toujours plus profond que le fond, si on en croit la somme de textes inédits de Buk parus depuis sa mort. Voici donc un énième recueils de textes courts, parus dans différents contextes depuis ses débuts en écriture jusqu'à sa quasi-fin. L'occasion de traverser cinquante ans d'écriture du sieur, avec ses "périodes" (cacadois ou marronnasse, selon les époques), ses obsessions (bière, femmes et chevaux de course pour l'essentiel) et ses styles. C'est du côté de ces derniers que le livre est le plus satisfaisant : l'écriture de Bukowski, quoi qu'on en dise, a traversé pas mal de transformations ; et entre le style un peu maladroit et touffu des premiers textes et l'épure confinant au rien des derniers, on aura traversé un prisme assez impressionnant de techniques et de façons de faire. Même s'il garde toujours en point de mire son "meilleur ennemi", Hemingway, dont il vise le style au taquet et le mode de vie viril, il sait varier son écriture selon les ambiances.

On a de tout là-dedans : nouvelles, récits porno, conseils pour gagner aux courses, portraits, essais, préfaces, etc. A chaque fois, l'écriture est directe, musclée, sans fioriture ; et pourtant très travaillée, mine de rien. Et il s'y dégage, dans les meilleurs passages, une sensibilité assez inédite de la part de Buk : lisez le récit de sa rencontre avec John Fante, par exemple ("Ma rencontre avec le maître"), vous y découvrirez un petit garçon impressionné, tourmenté par la mort et la souffrance. Quelques textes sont sur ce modèle-là, touchants, étonnament intimes. La plupart sont pourtant dans le ton habituel du bougre, direct et scandaleux, et on se tape plus d'une fois sur les cuisses devant les nouvelles saillies, lues pourtant dans tous ses autres livres avant, sur les filles faciles, les écrivains ratés, les soirées poésie, les éditeurs, les parasites qui frappent à sa porte, la porto, Gustav Mahler, les bagarres de bar et la vie en général. C'est vrai que l'ensemble du livre est tès inégal, souffrant peut-être de défauts de traduction ou de rythme, tapant dans tous les sens, frôlant parfois le génie et souvent le bâclage ; si bien qu'on se dit que ces nouveaux textes extirpés du néant ne nécessitaient peut-être pas tous une édition. Mais c'est toujours un plaisir d'entendre le vieux Hank gueuler depuis l'autre monde. Content, bien sûr.