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Voir un film de Maurice Tourneur reste un moment dépaysant et agréable à défaut d'être complètement un moment de félicité suprême, et ce Alias Jimmy Valentine ne déroge pas à la règle : c'est stupide au niveau du scénario mais assez amusant, les acteurs jouent comme des patates mais se donnent, il y a du rebondissement improbable et du spectacle, ça pète au niveau de la pluralité des décors et des registres (de la comédie au mélodrame, en passant par le polar), rien à dire, c'est du boulot très honnête. Homme d'affaires respectable le jour, Jimmy Valentine enfile la nuit sa casquette de marlou (sans ça, on ne saurait pas que c'est la nuit) et va ouvrir des coffre-forts comme d'autres les huîtres. Une nuit qu'il veut aider une belle en détresse dans un train (cette Ruth Shepley n'a pas un physique facile), le pauvre bougre tue accidentellement un malfrat. Ni une ni deux : un flic futé arrive lui met le grappin dessus. Jimmy, fataliste, atterré qu'il tombe pour ce coup-là alors qu'il aurait eu tant de raisons de tomber, hausse les épaules et c'est parti pour des années à Sing-Sing. La belle sus-citée obtient pourtant sa grâce, et voilà notre homme bien décidé à se ranger des bécanes et à devenir un honnête banquier et père de famille, malgré les exhortations de ses anciens complices, et malgré les imprécations du flic, qui s'est juré de le remettre derrière les barreaux. Mais z'on le sait : le destin est un chien de l'enfer, et à l'occasion de la détresse d'une petite fille, Jimmy va devoir sortir son jeu et faire tapis, sous les yeux goguenards de la police et les mains tordues de douleur de la moche jeune première.

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Bon, ça ne sert qu'à occuper pendant 90mn l'ouvrier un dimanche après-midi, ça lui permet de rêver au grand coup de jarnac tout en lui conseillant de rester du bon côté de la loi, ça évite tout effet de style pour ne pas trop le déranger, et à ce titre c'est réussi. Les acteurs, pleins de conviction, roulent des yeux et fomentent des sales coups en regardant partout autour d'eux, manipulent des plans dessinés par des CP et ne sont pas avares de la matraque, tout est parfait. Mais tout est fade, et Tourneur est pris là en plein exercice de respect de cahier des charges sans plus. De cette absence de style se dégagent deux idées pas mal : un cambriolage filmé en plongée au-dessus d'un décor sans toit, comme un jeu de société grandeur nature : pas une grande idée au final, le truc ne donne pas grand-chose, mais il y a de l'invention là-dedans. Autre idée : la scène amusante où un ancien malfrat doit rester seul devant un paquet de biffetons sans céder à l'envie de partir avec. L'acteur est impayable. Notons aussi une critique acerbe des conditions de vie en prison à ce moment-là, avec cette visite de notables venus admirer les prisonniers comme des animaux de foire. Ce n'est déjà pas si mal, il faudra en tout cas s'en contenter.

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