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14 septembre 2022

LIVRE : Le Trophée (Trofee) de Gaea Schoeters - 2020

9782330170066,0-8698832C'est d'une femme belge que nous vient un des plus beaux romans qui soient sur la chasse, "sport" plutôt réservé a priori aux hommes rougeauds et bas du front, allez comprendre. On n'y perd cependant rien en talent, puisque Le Trophée est un très beau livre qui mêle le thriller, l'essai technique et le roman naturaliste avec brio. Pour tout vous dire, j'étais même à deux doigts de filer à Décathlon m'acheter un short kaki à la sortie de ce bouquin éprouvant et immersif, qui parvient à mettre des mots clairs sur le sentiment du chasseur face à sa proie, ceci sans jugement moral et sans cris d'orfraie. Quelque chose d'Hemingway, quoi, auteur fréquemment cité là-dedans, et qui parvenait comme Schoeters à parler de chasse (ou de corrida) et à passionner même le plus rétif à la chose des lecteurs. C'est d'ailleurs sur les mêmes territoires que le maître que se déroule cette aventure : Hunter White (oui, bon, le nom ridicule s'explique en cours de route) est un riche Américain à qui il ne reste plus qu'une proie à décaniller pour avoir son "Big Five" : un rhinocéros bien féroce, pour la traque duquel il vient de payer une fortune. Toute la première partie, peut-être finalement la plus intéressante, est consacrée à cette chasse. Avec une précision franchement étonnante, épaulée par une documentation minutieuse des termes, des émotions, des techniques, du déroulé d'une telle traque, Schoeters raconte la longue attente, la précision des guides, la sensation constante de danger, faisant monter un suspense impeccable. La description de ce qui se passe dans la tête du chasseur quand il se retrouve face au pachyderme est si bien sentie qu'on se demande si l'auteur n'a pas été dans cette situation-là. Elle n'en oublie pas pour autant d'être attentive également au monde extérieur, de décrire les paysages et les atmosphères, les moments de repos et la nuit inquiétante du Kenya. En un mot, on est dedans et on y est bien, accompagné par les mots finement choisis de la dame.

Ensuite, bien sûr, tout ne se passe pas exactement comme prévu, et notre gars, emporté par la fièvre de la traque, va se retrouver bientôt face à une autre proie, plus humaine celle-là, plus dangereuse pour sa santé physique et mentale. Là aussi très au fait, l'auteur connaît parfaitement les rouages de la psyché africaine, en tout cas nous en donne l'impression, et parle avec pertinence de la valeur de la vie humaine en Afrique, de la mondialisation qui vient menacer la vie même, de la nécessaire et triste loi du marché, abordant même la philosophie et la métaphysique sans en avoir l'air. On est impressionné par ce piège dans lequel s'enferme White, dépassé non seulement par son choix mais par la mentalité de l'Afrique et celle du monde d'aujourd'hui, prisonnier d'un système marchand effrayant. Si cette seconde traque est curieusement moins palpitante que la première (peut-être trop rapide, et à la résolution un peu abrupte), on reste accroché à cette narration minutieuse qui met en valeur les tenants et aboutissants de la chasse. La dernière partie est assez géniale, on tombe dans le survivor complet. Tout ça dégage des relents virils à plein nez, et le fait que le livre soit écrit par une femme force le respect d'autant plus. C'est envoûtant et piégeur, sulfureux et puissamment écrit : un beau roman noir en plein soleil.

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