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Je crois bien que j'ai trouvé la série que je pourrai suivre toute ma vie sans me lasser : Succession est un moment parfait qui vous donne chaque semaine votre dose d'adrénaline, de cynisme et de surprise, le tout avec une poignée de personnages superbement dessinés et un décor quasi unique, à savoir un bureau. Enfin, des bureaux, mais si semblables que, qu'ils se trouvent à New-York ou à Sarajevo, qu'ils prennent l'apparence d'un salon de réception, d'une boîte de nuit ou du QG d'une entreprise, ils sont toujours les mêmes. Dans ces bureaux se déroulent des conversations entre millionnaires, staff s'agitant autour du Big Boss de Waystar, vaste trust qu'on avait laissé vacillant à la saison précédente : son patron, vieillissant, commençait à sucrer les fraises, des rumeurs de harcèlement sexuel entachaient sa réputation, et le fils béni du clan faisait sécession. Le patron, Logan, doit donc faire face à l'adversité, mais il est heureusement secondé par toute une bande de joyeux salopards sans morale, uniquement guidée par l’appât du gain et l'ambition : la fille, bitch ne rêvant que d'accéder à la tête de Waystar ; le cadet, trublion pornocrate et à moité dément, qui veut rester dans les petits papiers de papa ; le beau-fils, véritable loser dans un smoking, machiavélique et névrosé ; l'aîné, mythomane se rêvant président des States ; le neveu, archétype de l'incompétence dans tous les domaines... ainsi qu'une équipe de conseillers, de collègues et de partenaires tous plus immondes les uns que les autres. 

Succession-Saison-3

La vision du monde des affaires ressemble à un enfer. Tous sont touchés par des névroses, des obsessions, des folies, des tares, si bien qu'on a l'impression parfois d'assister aux agissements d'un clan de consanguins complètement déconnecté du monde réel. Celui-ci ne fait strictement jamais son apparition, on reste toujours dans les intérieurs luxueux de ceux qui possèdent, dans une espèce de course sans fin vers toujours plus de profit, toujours plus de domination, toujours plus de félonie. Avec sadisme, les auteurs mettent leur point d'honneur à renvoyer tout le monde dos à dos : pas un seul personnage pour sauver l'autre dans ce jeu de massacre au cynisme mordant, le monde est bouché de tous les côtés, l’asservissement à l'argent a atteint son point ultime. Tout le monde se regarde en chien de faïence, prêt à trahir ou à pactiser à la moindre faiblesse de l'autre. Comme les dialogues, d'une crudité parfois choquante, ne font rien pour rendre ce petit monde plus respectable, on finit terrifié par ce regard sur le monde des affaires qui ne laisse plus aucune place à l'humain. Tout, famille, amour, relations amicales, est asservi à l'argent, tout y mène, tout s'y achève. Cette saison 3 atteint des sommets dans le genre, chaque épisode vous plonge un peu plus loin dans la gabegie.

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La grande qualité de cette saison est de nous proposer des sortes de focalisations sur quelques grands moments de la vie des Roy, sans forcément chercher de suite entre les épisodes, comme si chacun était indépendant. A 99%, la série est constitué de dialogues compliqués sur les passassions de pouvoir, les tactiques de direction, les plans de relance et les projets d'achats d'autres trusts ; et pourtant c'est passionnant. Parce que les auteurs ont un sens du détail imparable : au-delà de ces manipulations d'hommes d'affaires, on entrevoit toutes les névroses d'une famille construite autour de Waystar, et qui n'arrive pas à se parler, à vivre normalement. Le plus bel épisode est celui où Kendall fête son anniversaire dans une soirée spectaculaire : tout ce qui s'y déroule montre que tous ces personnages sont à la recherche de leur enfance, d'une forme de pureté, que le monde dan lequel ils évoluent leur interdit. Kendall recherche avidement le cadeau offert par ses enfants au milieu des centaines d'autres, et on comprend mieux qu'avec de longs discours qui est ce personnage. Souvent hilarante (ces monstruosités balancées par Kieran Culkin), forte en coups de théâtre, magnifiquement écrite, jouée par des acteurs au-delà de l'éloge (ma préférence à Matthew Macfadyen), voilà la série addictive à vous taper si vous êtes anti-capitaliste ou Gilet Jaune : vous y découvrirez les horreurs de l’Élite.