imagesJe ne suis pas du genre à m'emballer à la moindre broutille (tu parles) mais j'avoue avoir été une nouvelle fois cueilli par cette oeuvre fourmillante de Vargas Llosa. Le sujet, en tant que tel, n'est peut-être pas le plus sexy de l'univers : comment une compagnie américaine a su, a pu manipuler son propre gouvernement pour qu'il intervienne en Amérique latine (en particulier au Guatémala) et protège les intérêts financiers de cette même compagnie (de bananes) ; en d'autres mots, il s'agirait de voir ici comment les states ont pris les présidences d'Amérique latine comme de simples républiques... bananières pour les renverser à la moindre occasion, au moindre prétexte (il a tourné à gauche, il est communiste !) ; on a beau connaître cette petite leçon de géo-politique par cœur, c'est toujours effarant de plonger au cœur de ces imbroglios à base d'espions, de trahisons, de coucheries, de tuerie, de coups d'état, de rebellions armées, d'exécutions, de propagande soigneusement dosée, au cœur de ces jeux d'influence et de manipulation. La grande plus-value de Vargas Llosa c'est d'être documenté comme jamais sur les faits et de ne pas en donner l'impression : priorité au sens de la narration  (on te mélange les époque avec une maestria et une clarté effarante), aux personnages (ce n'est plus un roman choral, c'est un concours de chorales tant il y a de personnages principaux magnifiquement dessinés et de personnages secondaires jamais sacrifiés), au suspense, à l'action... On se retrousse les manches au cours des dix premières pages pour s'engouffrer dans la jungle politique guatémaltèque et on en ressortira plus jusqu'à la dernière ligne, jusqu'au dernier témoignage qui une nouvelle fois gomme les frontières entre fiction et réalité. Entre-temps, on aura connu des tueurs de sang froid, des hommes politiques finauds ou grossiers, des miss opportunistes, des bourgeois sans affect, des maris trompés, des profiteurs, des idéalistes... Chaque chapitre nous fait surfer d'un personnage à l'autre, d'une époque, d'un pays à l'autre et la facilité et la virtuosité avec lesquelles Vargas Llosa mêle ces récits sont assez jubilatoires. Tout est extrêmement précis, fouillé, aucune piste n'est oublié et certaines séquences sont tellement spectaculaires, les personnages tellement typés, qu'on rêverait de voir un Scorsese en grande forme en faire une adaptation - ces politiques latino-américains aux allures de mafieux, le tout à l'échelle d'un continent, serait du pain béni pour un Martin encore ambitieux. Bref que du plaisir, du romanesque, du pur, du dur, et de l'écriture virevoltante. Une lecture sauvage.