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Il fallait bien que la Hammer s'intéresse un jour au mythe de Frankenstein. C'est chose faite avec ce film qui inaugura une longue série, et en tant que pionnier d'icelle, il a la naïveté des débuts et la beauté virginale des premiers essais. Moui, enfin, disons-le comme ça, mais notons quand même qu'on a quelques bons vieux briscards au générique : Terence Fisher à la réalisation, ce qui augure au moins de quelques bonnes vielles chauve-souris en plastoc et quelques donzelles hurlantes sous les éclairs ; Peter Cushing dans le rôle-titre, ce qui fait espérer des mines cadavériques et de la folie sous-jacente ; et Christopher Lee, ici dans son premier rôle, qui campe une créature tellement jolie qu'elle pourrait presque en remontrer à Boris Karloff. Le tout pour une énième vision du roman de Shelley, légèrement adaptée mais après tout fidèle : c'est dans les vieux pots qu'on fait la meilleure soupe, et le plaisir est toujours là de se faire raconter éternellement cette histoire. Soit donc notre bon vieux Frankenstein, étudiant en médecine dégoûté par le peu d'audace de ses pairs, et obsédé par son projet morbide : donner la vie à un mort. Il est ici épaulé par le docteur Kremp, d'abord admiratif mais peu à peu terrifié par la folie de Franky, qui se prend sérieusement pour un Dieu avec ses ambitions de résurrection. Il sera aussi flanqué d'une épouse un peu anecdotique, qui n'aura qu'un petit rôle à jouer là-dedans et amènera toute la part d’invraisemblance au scénario : comment croire en effet qu'elle ne pousse jamais la porte du labo de son mari pour voir ce qu'il fabrique, malgré les avertissements tragiques de Kremp et les mimiques morbides de Frankenstein ? Il y a aussi la bonne, curieusement transformée en maîtresse de Frankenstein (peut-être pour ajouter un côté moral aux malheurs du docteur), gironde dame mais vraie tête de victime, qui sera effectivement un peu malmenée par notre créature. Infidèle, mégalo, menteur, Frankenstein est encore noirci par le scénario, puisqu’il est ouvertement assassin, allant jusqu'à occire quelques âmes pour se procurer les précieux organes (les mains d'un peintre ou le cerveau d'un pote scientifique). Rien n'arrête notre homme, qui n'a ni Dieu ni maître, et sa chute ira assez loin, au grand dam de ses épouses, maîtresses et amis.

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Le film a un charme fou, malgré ses nombreux défauts. Un petit côté désuet et solennel qui conquiert le cœur, toute l'équipe semblant prendre cette histoire au sérieux et tentant de rendre justice à son aspect métaphysique. A l'aide d'effets spéciaux craquants (des éprouvettes pleines de fumées et de liquides bizarres, des décors tout tordus et remplis de toiles d’araignées), d'une musique flippante comme seuls savaient en faire les grands films d'épouvante, de détails gothiques impeccables (la récupération du pendu, le final sur le toit du labo, la fuite du monstre dans les bois), Fisher rend un hommage énamouré au genre et au mythe, prenant visiblement un malin plaisir à rendre tout ça bien glauque quand il le faut, et étirant le temps pour mieux ménager son suspense. Bon, il est vrai que l'histoire est un peu cousue de fil blanc pour peu qu'on ait déjà vu des adaptations du roman ou même visionné quelques films d'épouvante, et que le scénario est particulièrement bancal et mal équilibré. Mais tant pis : il y a suffisamment de savoir-faire là-dedans, à tous les postes, pour que le plaisir soit total. Notons d'ailleurs la performance de Christopher Lee : loin de copier le modèle éternel imposé par Karloff, il crée un monstre étonnamment gracile, et lui trouve une démarche cassée, maladroite qui le rend très fragile ; si vous lui ajoutez un visage répugnant mais tragique, vous imaginez l'effet qu'il produit : une créature presque romantique, âme errante malgré elle, et de plus particulièrement effrayante. Quant à Peter Cushing, il est un Frankenstein impeccablement macabre, d'une immoralité crasse, et l'acteur lui confère une aura légendaire très supérieure à Colin Clive. Reste le mystère du titre français, qui ne correspond à rien dans le film...

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