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Eh oui, forcément que ce film de Lumet fut sous l'ombrage du Strangelove de Kubrick (sorti quelques mois auparavant la même année) tant celui-ci est terroro-délirantissime et tant celui-là est sérieux comme un pape. Sérieux comme un pape mais loin d'être raté, bien au contraire. Lumet nous sert là un film de haut niveau sur la guerre froide menant à la fois une réflexion sur l'opposition homme-machine (quand les machines déconnent, l'homme peut-il encore faire marche arrière ? Pas forcément, on s'en inquiétait déjà au début des années 60) et sur la capacité va-t’en guerre de certaines personnes (C'est Walter Matthau qui écope du rôle de l'anti-coco primaire ainsi que Fritz Weaver - tiens c'est marrant les consonances de leur nom ! Pas de mauvaise esprit, merci). On est ici, bizarrement, comme dans le Kubrick, face à des bombardiers ricains qui, suite à un incident technique, foncent sur Moscou... Devant la menace terrible qui s'annonce, le président Henry Fonda (une gueule de président indéniable, le modèle d'Obama) contacte son homologue russe pour tenter de limiter au maximum la casse. Les Ruskovs have children too et leur réaction est loin d'être aussi primaire que dans n'importe quel petit film de propagande ricaine. On est ici, malgré les suspicions, en bonne intelligence et Henry va tout faire pour tenter d'apaiser le jeu... Allant même jusqu'à proposer de bombarder lui-même New-York au cas où Moscou serait touché. C'est dire. Mais va-t-on en arriver là ?

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Lumet, on le sait, est un artisan propre, qui ne va pas chercher les fioritures là où il n'en faut point. Décor crédible de war room, bureau enterré du président totalement nu (à part un impressionnant téléphone), musique totalement absente (une BO avait été écrite que Lumet n'utilisa point - ça c'est de l'austérité artistique). Le focus se fait, en dehors de l’action principale, sur le petit background de certains personnages (des scènes courtes avant l'enfermement dans la war room mais qui vont toutes avoir leur sens et le rêve mortifère en ouverture du Général Black, la froideur émotionnelle de Matthau (une baffe qui lui vaudrait maintenant dix ans de prison), la fragilité psychologique de Weaver), des petites saynètes capables en cinq minutes de nous montrer le caractère plus ou moins déterminés de ces personnages principaux. Le reste, c'est que de la petite mécanique qui se met en place ; la première alerte dûment réglée, puis l'incident technique qui va entraîner tout une série de procédures : les hommes tentent de reprendre la main pour éviter le scénario catastrophe, certains osent hausser le ton pour profiter de la chose et détruire la vermine communiste, et l'on oscille constamment entre sang-froid des uns pour limiter la casse (Fonda toujours ferme et efficace) et pétage de plombs de patriotes fébriles (Matthau, glaçant avec sa mâchoire prognathe qui balance ses mots comme des missiles). La caméra de Lumet tourne autour des visages lors des moments les plus cruciaux (joli jeu sur les ombres et la lumière) et l'on sent tout le sérieux absolu des décisions, des conséquences de chaque mot, de chaque acte. Un film qui aurait sûrement fait date en son temps si le monstre Kubrick n'avait pas écrasé la compète (étonnant de voir ce secrétaire d'état tout désarticulé avec ses béquilles, comme un écho involontaire à la chaise roulante de Strangelove - Kubrick avait des espions sur le tournage ou simple hasard ?...). Sérieux et lourd comme du plomb... mais sûrement pas assez pour permettre au Sidney d’écraser le souvenir du Stanley - à redécouvrir nonobstant selon la formule d'usage.

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 The Criterion Collection