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Voilà un film curieux, troublant, déstabilisant, original et inégal. Le personnage central, un Israélien fuyant son pays et tentant de "s'adapter" au climat français, est une sorte de mule, entêté, marchant le front bas, radical, modelable, décidé, plein de doutes. On le voit, il est un peu tout et son contraire, mais il fonce, rebondit, se cogne, repart, espère, s'énerve, aime, désaime... Il a un petit côté sauvage qui n'est pas sans rappeler (enfin, pour ma part) l'un des caractères dérangeant de The Square, celui qui effarouchait par son comportement sans retenue les bourgeois... Yoav, c'est son nom, fuit son pays, se retrouve littéralement mis à nu en France, neuf comme un oeuf, prêt pour un nouveau départ. Mais celui qui aime à raconter des histoires de son pays, qui aime à suivre ceux qui l'entrainent dans un taff ou dans un plan (à trois... son meilleur ami lui propose sa femme en mariage - si généreux et con à la fois, ce petit bourgeois bobo bien de chez nous), n'est pas non plus du genre à tout accepter en bloc. Certes, il acceptera de se faire photographier par un pornographe dans des positions guère avantageuses (la séquence la plus dérangeante du film, sans doute) mais il n'acceptera point quelques plans plus tard un plan avec une Palestinienne sous les yeux de ce même photographe... Yoav prendra la fuite, une fuite qui, franchement, ressemble à une éternelle fuite en avant dans ce pays où il semblerait à la fois vouloir s'intégrer (les cours de civisme qu’il suit pour accéder à la nationalité) mais où il semble être, par sa colère, son caractère, ses humeurs, sa façon d'être entier, voué à être en constant décalage : comme si cette société un peu molle semblait avoir perdu en route quelques-uns de ses principes de base...

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Le film, disais-je, est assez déroutant, pour le meilleur (on ne sait trop ce que chaque séquence pseudo-symboliques va nous révéler) et parfois pour le moins bon (Lapid déroule autant la liste des synonymes que celles des antonymes et part un peu dans toutes les directions : cet amour / haine de la France peut signifier à la fois tout et rien). On finit bien par comprendre, qu'à force de subir ce pour quoi il n'est point fait (on sent dès le départ son côté pur et dur, son sens du jusqu’au-boutisme), ce personnage risque aussi bien d'exploser en route (son emportement finalement face aux musiciens de quartiers durant laquelle il finit par exprimer toute sa colère rentrée) que de se cogner contre les murs (il tentera bien d’ailleurs de défoncer une porte fermée (lui qui aime à se servir de son front pour ouvrir une porte : un petit côté rhinocéros...) en se rendant une ultime fois chez son ami ; mais il ne fera qu'y rebondir - comme si tous ses efforts pour s'intégrer en cette nouvelle terre était vaine). J'avoue, et je vais conclure, avoir ressenti des sentiments un tantinet ambivalents devant la chose : parfois touché par ce personnage en free-lance, marginal, au regard curieux et laconique, parfois un peu sur la touche devant ces aventures qui s'enchaînent sans que l'on ait vraiment de clés pour donner un quelconque sens à la chose – un petit côté verbeux, aussi, un peu énervant). Intrigué, donc, mais un peu mitigé (j'attendais sans doute un peu trop de ce film annoncé ici et là hors des sentiers battus).   (Shang - 22/08/19)

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Même sentiment mitigé et un peu pantois que mon camarade. Synonymes m'a charmé par son originalité, son côté arty, sa personnalité, mais m'a aussi laissé trop souvent sur le côté : c'est trop long, assez brumeux parfois, trop lourdement symbolique. Me voici donc entre deux chaises. C'est un film qui arrive un peu de nulle part, un pied bien ancré dans la culture française traditionnelle, un autre dans une avant-garde empruntée au pop-art ou à la poésie, au rap ou aux expérimentations vidéo ; et s'il en avait un troisième, de pied, il irait traîner vers la tradition de son pays d'origine, Israël, par cet intérêt profond pour les mots, ce mélange de fascination-répulsion pour les valeurs françaises, cette ironie toute juive... Mais cette valse hésitation est démentie par la réalisation, littéralement faite à coups de bélier : Lapid y va façon bulldozer, et l'énergie qu'il dégage est de tous les plans (à l'image de ce beau dernier plan où il tente de détruire une porte en fonçant dedans), illustrant avec un premier degré réjouissant son sujet, l'incapacité d'un jeune homme à trouver sa place dans une société qu'il s'est choisie et qu'il aime. Son statut d'ancien soldat, son refus d'utiliser l'hébreu, son dégoût parfois de certaines "traditions" françaises et sa vénération trop bruyante d'autres (son interprétation de la Marseillaise), tout le rattache à son passé et l'empêche de devenir le Français parfait qu'il voudrait être et que sa passion pour les grands hommes du pays lui suggère. Ce hiatus crée un certain humour, curieusement, et aussi une "douce tragédie" qui fait tout le sel du film. Homme privé finalement d'identité, c'est nu qu'il se présente au début du film, et nu qu'il restera, endossant peu à peu différents costumes qui sont comme des déguisements et se retrouvant toujours dans le plus simple appareil. Il finira d'ailleurs par prendre la place de l'Autre, devenant l'amant de son amie Caroline à la place d'Emile, bourgeois lettré qu'il rêve peut-être d'être lui-même. Jamais complètement sympathique (ses amitiés viriles avec un groupe para-militaire folklo), ni vraiment antipathique (le personnage est touchant dans son côté têtu et naïf), Yoav est un paradoxe ambulant, qui traîne avec lui toute l'ambiguité et le mystère du film. Parfois, ce mystère fait de belles étincelles, parfois il tombe à plat. Le fait est qu'on peut lui faire dire tout ce qu'on veut, et si c'est bien agréable à plein d'endroits, on se retrouve aussi parfois en perte de repère et un peu circonspect devant la chose...   (Gols - 18/10/19)

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