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Plus chiant que Straub et Huillet et Garrel ? Je sens qu'on tient là une bonne prétendante. Attention, oui, Hôtel Monterrey est un film exigeant : pas de dialogues, pas de musique, pas de son... que des plans fixes, angoissants, sombres jusqu'à cet événement énorme au bout de quarante minutes : un travelling, que dis-je, toute une série de travelling avant et arrière dans des couloirs - impossible de s'assoupir, ce serait béta. Lorsque certains travellings s'arrêtent devant une fenêtre ouverte, Akerman semble vouloir inviter son spectateur à se défenestrer, à en finir une bonne fois pour toutes. Mais elle en garde encore sous la pédale, la bougresse. Le spectateur vaillant aura droit à toute une série de panoramiques pris depuis le toit de l'hôtel, des visions (enfin !) sur l'extérieur, sur des murs d'immeubles lépreux, sur du marronnasse, de la brumasse, du grisasse, un truc à se tirer (malheureusement) encore un balle. C'est justement tout l'art d'Akerman de nous faire ressentir la pesanteur de cet endroit glauque, cheap, qui semble transpirer la solitude et la tristesse des gens (deux plans sur des individus dans leur chambre, deux êtres aussi vivants que des descentes de lit en peau de gnou).

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Mais attention, il y a aussi des plans fixes sur ce curieux lobby aux carreaux noirs et blancs, sur des couloirs où scintille une curieuse lumière rouge, sur des portes qui s'entrouvrent pour laisser entrevoir une paupière, un bout de nez... On serait dans un décor cérébral lynchien que cela ne m'étonnerait pas (heureusement que celui-ci a tout de même la bonne idée d'écrire des histoires dans ces lieux qui sentent la moquette morte). Oui, je l'avoue, c'est pesant, c'est pathétique, c'est triste à mourir à l'image de ces allées et venues en ascenseur qui semble devoir mener nulle part si ce n'est encore plus profondément dans les entrailles de la terre. Une sorte d'hôtel-tombeau si on veut. Somptueusement mortel, pas mieux. Un petit plaisir à offrir à votre ami(e) le/a plus bavard(e). Pour lui faire enfin fermer sa gueule. Le silence d'Akerman nous manque.

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