9782330125493,0-5911213Morne plaine des polars noirs contemporains... On ne peut nier que Civico fait de gros efforts pour parvenir au style sec des Américains qu'il vénère, à leur trame épurée ou à leur noirceur nihiliste. On ne peut lui enlever un sens certain de l'efficacité, qui lui fait tenir son polar en 130 pages, ni un talent indéniable pour tracer à la serpe son personnage principal. On pourrait même lui faire la grâce de reconnaître qu'il n'est pas le plus malhabile pour trousser une atmosphère et faire monter une tension. Mais malgré tout ça, Atmore, Alabama ne convainc pas. Parce qu'on a l'impression d'avoir lu mille fois en mieux cette histoire de mec hanté par la mort de ses proches et qui entreprend un voyage pour se venger. Le coupable est en prison, dans le couloir de la mort, et ça semble coton de parvenir jusqu'à lui. Mais notre homme va rivaliser de génie pour parvenir à ses fins. Bon, etc etc, il rencontre une femme fatale, tout ça, bon on connaît. C'est tellement référencé, tellement clicheteux presque dans le déroulement des épisodes et dans le dessin des personnages secondaires, qu'on se demande si Civico n'écrit pas finalement un pastiche, si son but n'est pas de condenser en un seul livre, en hommage autant qu'en parodie, tous les éléments du genre. Une sorte de Tarantino littéraire, quoi. Mais visiblement pas : totalement dénué d'humour, sérieux comme un pape, burné comme un vieux cow-boy, classique jusqu'à l'académisme, son roman ennuie dès la 20ème page, puisqu'on connaît déjà tous les tenants et aboutissants de l'intrigue. Il n'y a guère que le dénouement qui surprend, c'est-à-dire la dernière page. Tout le reste a tellement été arpenté de tous temps par les polardeux qu'on peut facilement laisser ce livre se lire tout seul. Pas un seul détail ne sort du cahier des charges éternel du genre, et même si parfois on sent une vraie patte classique dans l'écriture, ça ne suffit pas pour nous distraire : le roman est raté, ennuyeux et inutile.