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Aja creuse encore un peu le sillon de la série Z, avec cette fois-ci, après les piranhas de durable mémoire, les alligators. Bon, le mode de vie est sensiblement le même, puisque ces braves bêtes vous dévorent un quidam en deux-deux, tout comme leurs frères lacustres, ne laissant dans l'eau saumâtre que râles d'agonie et membres épars. C'est peu ragoûtant, mais pour mieux faire passer la pilule, le bougre invente une trame absolument diabolique et logique dont il a depuis toujours le secret : Haley est une nageuse expérimentée, poussée jadis par un père qui place la compétition en tête de son mode de vie ("il faut vaincre et être la première", en gros). Une tempête violente éclate sur la région, libérant les crocos de la réserve et emprisonnant le paternel dans sa maison. Haley va tout faire pour sauver le vieil homme sans perdre une jambe. Hein ? Pas mal, quand même, le pitch, non ?

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Bon, encore une fois, Aja envoie la trame aux orties, et avec elle la direction d'acteurs, la mise en scène, la musique, l'équipe technique et toutes les scènes situées entre les coups de speed. Ça c'est fait. Ne l'intéressent donc que les trucages et le gore. Pour un film de trucages gore, ça peut êre suffisant. Et ça l'est si vous ne désirez que passer 1h30 à ricaner devant les démembrements multiples proposés par le sieur. Le fim est crétin et vide, mais spectaculaire et parfois assez cracra, et du coup on rigole un peu. C'est même justement parfois son absence complète de cohérence qui fait le plaisir de la chose, comme si Crawl n'était qu'un objet abstrait, uniquement fait de sang et de morceaux de barbaque, conscient de sa vacuité et de sa superficialité et l'assumant totalement. Il faut bien ça, parce qu'on se dit quand même que le second degré n'est pas l'apanage d'Aja, qui traite son nanar en chef-d'oeuvre et a l'air de prendre son intrigue aberrante très au sérieux. Au moins, les piranhas étaient une relecture farceuse des films des années 80. Ici, l'humour est involontaire de cet acteur qui grimace parce qu'un alligator lui a boulotté la main, ou de cette actrice qui nage le crawl plus vite que les sauriens. Aja sait tourner les scènes violentes, je ne dis pas, mais pour tout le reste il s'avère être un collégien boutonneux de la pire espèce, et c'est un peu dommage.