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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Tchernobyl sans attraper le cancer de la thyroïde. Si le récit est fidèle à ce qui s'est vraiment passé ce jour-là, une chose est claire : les ingénieurs russes ont autant de compétences que des Playmobil et il est assez surprenant de constater qu'ils n'ont pas fait péter dix fois la planète. Erreur humaine sur erreur humaine + petit problème technique déjà décelé ailleurs mais gardé secret (sont cons ces Russes avec leur peur de passer pour des pignoufs aux yeux du monde) et au final une bien belle explosion, des dizaines de personnes irradiées (c'est moche d'être irradié, tu finis ta vie avec une tronche de globule rouge) et des responsables qui chient dans la colle, mentent à la face du monde, sacrifient de pauvres quidams, et tentent plus que jamais de garder la face (obscure).

Ça me révolte, disait ma grand-mère, qui n'a jamais eu de grande sympathie pour les rouges, certes.

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Plusieurs choses, au-delà de l'aspect vulgarisateur tout à fait louable sur les détails techniques, sont franchement réussies dans cette mini-série (à laquelle on ne souhaite pas de suite, clic-clic) : l'interprétation tout d'abord, Jared Harris en tête, qui incarne ce scientifique russe tout en colère rentrée et en abnégation. A ses côtés, un politique pur jus charismatique à souhait mais pas à l'abri d'une fêlure, un « décideur » campé par un Stellan Skarsgård méconnaissable et toujours aussi excellent. Emily Watson en scientifique également spécialisée dans le nucléaire et "journaliste" d'investigation improvisée clôt ce trio qui va se battre (chacun en temps voulu) pour faire éclore la vérité, ce désastre aussi bien humain et étatique qu'écologique. Tous les mystères de la chose seront levés lors d'un procès final plutôt captivant où chaque seconde des conneries humaines ayant précédé l'explosion est finement reconstituée. Auparavant on aura eu droit à tous les mécanismes mis en place pour tenter de limiter les radiations (avec un temps de retard redoutable), de ces pauvres pompiers sacrifiés à ces mineurs sacrifiés (en grande partie) en passant par ces techniciens sacrifiés. On aura droit également à un passage tout autant redoutable pour les nerfs des amis des bêtes (même si cela peut sembler bien dérisoire par rapport aux 31, pardon 400, euh re-pardon disons plutôt 93.000 morts), des militaires étant dépêchés dans la zone évacuée pour trucider tout animal encore vivant - un sacré carnage à l'image de cet engrenage infernal. Si l'interprétation (bien qu'en ricain) est au niveau, que dire de cette ambiance blanchâtre qui fout les jetons (un russe bronzé, ça n'existe pas) et de ces décors in situ plus vrais que nature ? On plonge dans l'ambiance de la chose comme du graphite dans un réacteur et l'ensemble est assez détonnant au niveau de toutes les vérités cachées : on nous raconte décidément vraiment n'importe quoi et c'est avec un certain plaisir qu'on peut enchaîner la vision de la série avec les journaux télévisés français de l'époque ("La France est protégée du nuage de Tchernobyl par un anti-cyclone"... Ah ouais, prenez-nous pour des cons... Ben justement). Bref, une série d’une très bonne tenue sur la forme (glaçante), un fond qui semble se rapprocher au plus près de la vérité (que les spécialistes me contredisent, je reste ouvert) et ce terrible sentiment final qui finit par surnager : comment peut-on être encore aujourd'hui en vie vue la capacité de l'homme (empli d'une confiance indestructible en lui-même) à détruire ? Un vent d'est qui fout des frissons...   (Shang - 05/06/19)

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Emballé tout pareil par cette série d'une rigueur impressionnante qui semble donner un aperçu de toutes les "strates" de la catastrophe. C'est remarquable de voir comment les scénaristes parviennent à brasser une bonne vingtaine de personnages tous attachants, à qui la série redonne le temps de quelques mètres de film (et de quelques minutes de survie) toute leur grandeur, leur courage... ou leur lâcheté. Du petit mec engagé pour déblayer des débris sur un toit dont la moindre pierre alimenterait en électricité tout Paris au petit chef autoritaire qui a provoqué l'explosion, du pompier de bonne volonté au jeune civil engagé pour tuer les chiens de Pripiat, du politique frileux au trio de volontaires sacrifiant leur vie pour évacuer un tunnel, les portraits s'enchainent avec une tenue irréprochable, rejoignant ainsi un cinéma humaniste, tourmenté, pas si éloigné d'un Renoir par exemple. Les acteurs étant excellents, tous ces personnages ont leur densité, on les aime tous par leur côté "humain, trop humain", qu'ils soient odieux ou héroïques. A commencer, oui, par les deux principaux, formidables portraits d'hommes normaux, d'abord terrifiés par ce qu'ils voient, puis peu à peu investis d'une responsabilité qui les dépasse. L'interprétation de Harris et de Skarsgård est parfaite. Moins emballé par ce personnage fictif de Emily Watson, pour le coup trop héroïque pour être crédible, seule concession du film à un suspense calculé. Dommage aussi que tout ce joli monde parle un anglais parfait : on y perd en crédibilité et en rigueur documentaire, et on aurait vraiment apprécié que la série aille au bout de sa logique et se rapproche de la vérité toute nue en conservant aux gusses leur langue. Concession au pur commerce qui enlève de l'authenticité à la chose.

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A part ça, on est bluffé par la véracité de ce qui nous est montré, ne doutant jamais que tout a été vérifié, minutieusement pensé pour donner au film son aspect documentaire. Les ambiances des funestes années-URSS sont rendues avec beaucoup de vraisemblance, grâce à ces lumières grisâtres terribles, à ces costumes tristes, à ces décors monotones (les sous-sols de l'usine ressemblent aux couloirs de l'hôpital et aux salles d'audience du tribunal, c'est affreux). Construit en petits épisodes, en scènes qui parfois ne durent que 10 minutes, la série est pourtant très cohérente, avec ce fil rouge autour des scientifiques qui détiennent la vérité et se retrouvent complètement désemparés face au mur que leur opposent les diplomates russes désireux de garder leur réputation, quitte à faire mourir des milliers d'hommes. On connaît les tenants et les aboutissants de la catastrophe de Tchernobyl, et pourtant la tension est permanente, le suspense très tenu, les épisodes éprouvants comme si on y était. Une très grade série, digne, nécessaire, qui est autant un tombeau pour toutes ces victimes et un grand film d'atmosphère et politique.   (Gols - 21/06/19)

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