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Mmmmm, il y a des films plus ou moins difficiles, mais avouons quand même que Šarūnas Bartas est pas loin d'obtenir la Palme. C'est le deuxième film que je vois de lui, et chaque fois j'ai l'impression de sortir d'un grand marasme et d'un grand mystère. Ça peut avoir son charme, je ne dis pas, je n'ai rien contre les efforts ; mais pour le coup, Trois Jours m'a laissé quelque peu exsangue et dubitatif. Je ne sais pas, c'est sûrement du cinéma à voir sur grand écran pour profiter pleinement de la rigueur des cadres et de la durée infinie des plans, pour vraiment percevoir l'aspect expérimental de la chose ; je l'ai vu sur petit écran, et je suis passé assez largement à côté, pour peu en tout cas que le cinéaste ait voulu raconter quelque chose de précis et sortir de l'installation pure et dure. Deux jeunes hommes quittent leur ferme perdue dans la campagne grisâtre pour gagner la ville, pendant trois jours ; cette escapade sera essentiellement constituée d'errances sans but dans les terrains vagues et friches, de rencontres sans sève avec deux femmes, et de l'observation façon aquarium de la vie qui bat quand même, là dehors, de l'autre côté des fenêtres crasseuses derrière lesquelles ils se sont retranchés. Au bout de ces trois jours, on revient pour quelques plans dans la campagne, hop un train qui passe, hop une traversée des saisons sur la vieille bicoque et c'est fini.

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C'est du cinéma de contemplation, où il faut accepter un complet relâchement de la trame et se laisser aller à l'observation froide et distancée des choses. Le monde vu par Bartas est un misérable cloaque, où les gens semblent s'agiter sans sens, où les relations humaines sont occultées par le non-dit, l'alcoolisme ou l'incommunicabilité, où chacun fait sa vie dans la solitude la plus totale, pleurant ou s'agitant tout à coup sans raison, sans qu'il soit possible même d'expliquer les sentiments qui les envahissent. Il en résulte un film ardu à mort, constitué la plupart du temps de plans généraux très longs décrivant simplement des toutes petites choses, un gusse qui déplie un matelas, un autre qui fume une clope, ce genre de choses. Plans de temps en temps opposés à des cadres plus serrées, quand "l'émotion" monte ; c'est l'occasion de découvrir pour son premier rôle la puissante Yekaterina Golubeva, qui fera bientôt des merveilles chez Carax, certes. Mais c'est aussi l'occasion de se faire assez largement chier à la contemplation de ce film de musée plus appelé à exister en tant que tel qu'à raconter quelque chose. Profondément original, ça oui, mais aussi mystérieux et incompréhensible qu'une installation contemporaine pointue, le film ne se laisse pas attraper comme ça, et est prêt à en découdre avec toutes vos attentes ou toutes vos habitudes de spectateur. Voilà ce qu'on appelle un film exigeant (qui peut vouloir dire : qui exige un blockbuster dans la foulée pour se rincer l'oeil). Mais une bonne façon de faire rentrer le cinéma lituanien, il faut le dire assez peu représenté, dans les colonnes de Shangols.

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