51X5W3YJiPLPetit retour à la base après un Houellebecq surfant sur ce que fut son style. Avec Roth, on n’est heureusement jamais déçu ! Soit donc ici le portrait d'un jeune type de 19 ans en butte avec son entourage... Bien qu'il ait eu une enfance et une adolescence des plus tranquilles, bien qu'il ait eu des rapports relativement apaisés avec ses parents (il a même bossé au côté de son père dans la boucherie familiale avec un certain plaisir pendant plusieurs semaines), notre jeune "universitaire" va aller de Charybde en Scylla dans ses relations : c'est tout d'abord son père qui lui pète dans les doigts en devenant "sur-protecteur" (il se fait du souci pour un rien) ; notre héros change alors d'Université, s'éloigne de ce père collant comme une huître bretonne, mais est loin d’en avoir fini avec les retours de bâton : ses collocs vont tout d'abord lui prendre le chou (il change deux fois de thurne pour être tranquille), puis le doyen décide de lui demander des comptes (êtes-vous anti-social mon pauvre ami ?), puis il commence à se prendre la tête avec les règles de l’école (l'obligation de se rendre aux offices religieux : un véritable sacerdoce pour ce Juif non-croyant), puis il se sépare de sa petite copine (sous l'influence de sa mère) après avoir eu du "mal" à accepter d’icelle son tempérament "fonceur" (un premier rencart : une pipe proprement exécutée - dur à avaler, c'est le moins qu'on puisse dire, pour ce bosseur innocent comme une fougère et né avec des œillères ; j'en profite au passage pour demander s'il existe encore aujourd'hui des livres où il n'y a pas une fellation dans les cinquante premières pages - une véritable obsession littéraire, la pipe). Bref notre jeune homme qui ne cherche qu'à faire son petit boulot tranquille, qu'à échapper à la guerre de Corée en brillant dans ses études, qui tente d'éviter, finalement, toute tension, va mettre son doigt malgré lui dans une sorte d’engrenage auto-destructeur. Pris au piège par ses congénères, cet homme, qui n'a pas la langue dans sa poche et sait faire montre de conviction, risque s’il n’y prend soin d'aller droit dans le mur. On sent dès le départ tout le poids de la fatalité sur ses épaules, comme si son désir d'échapper à toute pression (familiale, amicale, amoureuse) se devait de lui revenir dans la tronche tel un boomerang. L'indignation dont notre héros fait preuve face aux obligations de l'université (les offices religieux mais pas seulement), face à ce fouineur de doyen qui lui pose résolument des questions d'ordre intime, face à ses parents (protecteurs-destructeurs) se révélera insuffisante pour le laisser en marge du système... Fatalement, tragiquement, ce petit empêcheur de tourner en rond dans cet Amérique des années 50 encore bourrée de principes va devoir payer, en un sens, son refus d'entrer dans le moule. Court, précis, nourri, un roman que Roth expédie en quelques pages tout en faisant un portrait très fort d'un jeune homme broyé par son époque, son entourage, et les fatales circonstances guerrières (la Corée, donc). Solide comme un Roth.