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Mike Flanagan a bien compris que s'il veut arriver à convaincre Shangols (qui n'est pas très client de ses films jusqu'à maintenant), il va falloir qu'il teinte ses films d'horreur en carton de quelque chose de plus sombre, de plus intelligent, de plus formel. Le voilà donc revenu en grande pompe des salles obscures pour cette série très réussie, qui prend désormais le genre au sérieux et oublie son public d'ados boutonneux. Ne serait-ce que par le thème : le truc traite du problème du deuil impossible, pas tout à fait la préoccupation du teenager moyen. Il traduit ce thème douloureux par des épisodes spectaculaires, qui donnent leur lot d'événements et d'aventures, en restant toujours dirigé vers son objectif : quel va être le sort de la famille Crain une fois la matriarche décédée dans des circonstances floues ? Complexe et dans la distribution des personnages et dans le maniement des différents temps, la série est toujours pourtant très lisible, presque simple dans son dessin, racontant une histoire, ou plutôt des histoires, entièrement rassemblées autour de ce deuil. Qu'elle s'amuse en plus à balancer moult clins d'oeil au grand cinéma d'épouvante qu'on aime (surtout The Haunting, le chef-d'oeuvre de Wise, mais aussi Shining ou The Omen) n'est en plus pas pour nous déplaire, et qu'elle le fasse avec un tel brio de mise en scène finit de nous convaincre.

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Voici donc le clan Crain investissant l'antique demeure de Hill House, hantée dit-on. Et effectivement, très vite les apparitions viennent tourmenter la vie de ses habitants. C'est tout le bestiaire classique de la Hammer qui est convié : femme au cou tordu, enfants imaginaires, murs suintants, géant flottent dans les airs, vieille décrépite, la vie devient un enfer. La maison peu à peu ensorcelle la mère de famille (la troublante Carla Gugino), et la pousse au suicide. Suicide ? laissez-moi rigoler. C'est simplement l'emprise de ces spectres qui la font se balancer du haut de l'escalier branlant qui trône au milieu du hall principal, façon Wise justement. Dès lors, la famille se disloque : l'une devient une croque-mort psycho-rigide, un autre écrivain cartésien de livres d'épouvante, l'un tombe dans la drogue alors qu'une autre devient à moitié cinglée. Quant à la petite dernière, c'est son suicide à elle aussi qui va rassembler tous ces freaks et déclencher l'ultime mise au point : sont-ils tous fous, la maison de Hill House est-elle effectivement la caisse de résonance de toutes leurs frustrations et leurs terreurs refoulées, ou est-on vraiment face à une demeure hantée ? Pour chapeauter tout ça, seul le père (interprété tour à tour par Henry Thomas, dont le visage n'a étrangement pas bougé depuis E.T., et Timothy Hutton) détient les clés de la vérité et de cette mystérieuse "Red Room" qui m'a tout l'air de dissimuler bien des secrets intimes.

Haunting-of-Hill-House-Trailer

La série gère avec beaucoup de rigueur les passages d'un temps à un autre, mettant en relief telle déviance ou telle tendance future qui va se développer chez tel ou tel enfant. Très homogène (et c'est normal : tous les épisodes sont réalisés par Flanagan, y a pas de secret), elle fait pourtant passer par des sentiments très divers, de la simple peur à l'émotion pure (le beau personnage du frère drogué). Flanagan sait également en donner pour son argent à un public avide de formes : le sixième épisode est un grand moment de virtuosité tout en (faux) plans séquences, qui insèrent dans un même mouvement les époques et les lieux. La fin est un peu décevante vue l'ambition formelle et thématique de l'ensemble, c'est vrai, le gars ne parvenant pas à conclure autrement que par une explosion d'effets spéciaux (pas la meilleure veine de la série), et l'ensemble souffre parfois de baisses de rythme. Mais on reste bluffé par la très belle tenue de ce film, par la justesse et la beauté des personnages, par ces effets horrifiques modestes et à l'ancienne, par la qualité de l'interprétation et par cette façon de parler de choses très matures à travers un genre réputé pour ne pas l'être.

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