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Splendeurs et ratés des premiers films, dirais-je en introduction pour qualifier cet objet étrange et boiteux de Macaigne. Le moins qu'on puisse reconnaître au bougre, c'est la fièvre qui émane de ce film, un sentiment d'être toujours en ébullition, au bord de la rupture, une énergie proto-punk qui vous bouscule plus d'une fois dans votre fauteuil, une colère qui explose régulièrement dans des logorrhées verbales du meilleur effet. La colère de Macaigne est incontrôlée et c'est bien ça qui est beau : Pour le Réconfort est en roue libre, revendique son côté foutraque et morcelé, peut proposer une scène paroxystique entre deux copains prêts à s'écharper, puis enchaîner avec une scène rigolote avec les mêmes prêts à se rouler des pelles. Un film hystérique, peut-être, un peu comme a pu l'être Zulawski à une époque, tout en pics et en creux, ne prenant jamais le temps de se poser, toujours dans l'excès et la folie. A ceci près que Macaigne sauve tout ça par un humour constant : sa lutte des classes, même si elle est sincèrement traitée, se résume à des petites bagarres à deux balles entre jeunes gens désespérés, et se règle tranquillement dans la monotonie des jours ; la colère est souvent pour de faux ; et chacun est renvoyé à sa petite sensibilité de bobos révoltée mais consentante.

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Le truc sent le collage de scènes sans vrai lien les unes par rapport aux autres, mais bon, il y a quand même une vague trame générale : un frère et une soeur reviennent de leur Amérique adoptive pour régler les derniers détails de la mise en vente du domaine familial d'Orléans, où ils ont passé leur enfance dorée. Ils y retrouvent des amis d'enfance, qui, eux sont restés au pays et ont plus ou moins raté leur vie : l'un est obsédé par la construction d'un quartier de maisons de retraite ("Les vieux, c'est ça l'avenir"), et rumine sa rancoeur de prolo à l'égard du couple "d'esclavagistes" ; l'autre est une employée allumée qui passe son temps à planter des arbres dans le domaine en prévision d'un avenir radieux et vert ; le troisième est un naïf un peu concon transi d'amour pour une nana qui ne l'aime pas (le rôle que Macaigne aurait dû jouer, de toute évidence, si la réalisation ne l'avait pas accaparé). Les retrouvailles vont faire des étincelles, et donner lieu à des séquences éclectiques, pas bien collées les unes aux autres, suite de saynètes disparates, parfois superbes, parfois gavantes. Au rang des premières : une sortie verbale de plusieurs minutes remplie de "connards", quelques séquences de beuverie improvisées, une très belle scène de balade en voiture où la vérité va éclater, quelques plans sur des fêtes électriques qui filment les corps et les visages comme perdus, quelques sorties comiques impayables ; au rang des secondes : des gros plans fatigants de monologues ronflants (Pauline Lorillard, nouvelle tête à claque), des scènes trop débordantes et mal tenues, une provocation de gamin, et toujours cette façon de se vautrer dans son malheur de trentenaire occidental comme si c'était le fond de la misère.

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Pour le Réconfort, c'est Tchekhov (pour la trame) filmé par Pialat (pour la colère), passé au prisme de Godard (pour l'éclatement), de Peretjatko (pour le grand n'importe quoi) et finalisé par un labrador tout feu tout flamme (pour la maladresse d'ensemble). La photo est assez dégueulasse, la réalisation à l'arrache, on s'embarrasse pas de raccords ou de cohésion psychologique, mais ça fait partie du truc : il importe de saisir la flamme quand elle se présente, quitte à garder tout ce qu'il y a autour. Macaigne accueille le ridicule, l'accident, l'excès, le mal fait, l'amateurisme, comme il accueille la beauté, la vérité et l'humour, avec la même sincérité. Il en résulte un film forcément bancal, forcément hétérogène, mais qui contient suffisamment de fièvre et de jeunesse pour emporter l'adhésion. Voilà un film qui secoue le cocotier, c'est tout à son honneur, même si on en sort plus amusé que bouleversé.