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Des ados se font dézinguer par un tueur. Le scénario ayant été ainsi résumé, passons maintenant à l'analyse critique de Wolf Creek. Eh bien ma foi, c'est pas terrible, mais j'ai tellement vu des films d'horreur minables, mal foutus, crétins et putassiers depuis des années, que je ne peux que saluer la saine simplicité de celui-ci, et que je ressors ma foi relativement convaincu par la chose. A priori on est dans le terrain piétiné sans relâche depuis l'invention de la tronçonneuse et du jarret sectionné : les 60 premières minutes sont une lente mise en place, il y a un quart d'heure où ça charcle un peu, et le dernier quart d'heure est une orgie. Oui, le schéma est immortel. Et c'est vrai que le film gave un peu dans son début, qui nous montre des adolescents partir en rando, s'adonner à des amourettes bien sages, picoler, frôler une bagarre avec les rednecks du coin, puis s'inquiéter vaguement devant la voiture en panne. Autant de non-événements qui n'ont rien à voir avec le schmilblick, et si c'est pour nous mettre du côté de ces ados, pour nous faire ressentir plus encore la douleur à venir, c'est raté : trop schématiques, trop mannequins, les personnages nous sont indifférents.

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C'est quand le tueur apparaît enfin qu'on commence à ouvrir un oeil. Marrant personnage, dont McLean utilise toute la crasse, toute l'imbécillité, et par la suite toute la brutalité sans pitié. Mick Taylor s'inscrit avec bonheur dans la longue lignée des serial-killers bouseux, de Leatherface à Creeper, et n'a pas à rougir face à ses ancêtres : il est parfaitement odieux. On se place donc très vite de son côté, et on le regarde assassiner ce petit monde avec jubilation. C'est la simplicité des procédés qui fonctionne : le gars tue sans chercher de compliquées mises en scène, avec une sorte d'inéluctabilité et d'indifférence très effrayantes. La mort arrive, boum, implacable, et on passe à autre chose. Dans les scènes de violence, les jeunes acteurs, fades au départ, s'avèrent plutôt pas mal (une des comédiennes pleure avec une conviction qui l'honore), et les personnages ne sont jamais des héros, juste des gamins qui sont pris dans le piège de Taylor. Le contexte, le bush australien le plus reculé, ajoute encore à leur sort affreux : dans le désert, personne ne vous entendra crier. Le film ne cherche pas à raconter plus que ça, le tueur n'aura pas droit à ses explications psychologiques à la con, et on aime cette sorte d'épure du genre, cette modestie, cette allégeance au genre. Bref, un joli petit travail d'artisan, con comme un panier percé, mais brutal et délicieux.