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On fait dans les films longs en ce moment sur Shangols, mais je crois que je préfèrerais me taper 17 fois de suite Once upon a Time in America que revoir une seule minute de cette purge que constitue Comrades. Il y a des cinéastes qui occupent mieux leur temps que d'autres. A sa décharge, Comrades est un film anglais, ce qui est un handicap quand on veut faire quelque chose de réussi dans le domaine cinématographique ; mais tout de même : Douglas fait tout pour se faire battre, et se retrouve avec une sorte d'archétype du genre : un film à thèse, social et humaniste, bien-pensant et engagé, bref le cauchemar.

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Ça raconte l'histoire vraie d'un groupe de malheureux paysans de la première moitié du XIXème qui, pour s'être élevés contre leurs conditions de vie misérables, se retrouvent déportés comme esclaves en Australie. La première partie du film, que nous appelerons "L'Arbre aux sabots raté", décrit la pénible existence de ce groupe de travailleurs agricoles asservis à leurs propriétaires, et la lente révolte qui les gagne : ils vont fonder une espèce de syndicat avant l'heure, qui leur vaudra, donc, l'exil aux antipodes.Un partie qui voudrait bien avoir l'air d'un quasi-documentaire à grande portée de révolte, mais qui ne sait qu'enfoncer des portes ouvertes. On a l'impression d'avoir vu mille fois ces saynètes édifiantes sur la spoliation du prolo, et si le fond est bien entendu inattaquable, la forme est usée jusqu'à la corde. En plus, ça travaille sur un faux rythme vraiment dérangeant, et Douglas ne sait jamais quelle distance ou quel ton adopter : parfois farce grotesque à base de trognes impossibles, parfois réalisme cru, parfois fresque esthétisante, parfois film de personnages et parfois film de nature, parfois reconstitution historique et parfois critique sociale, on dirait que le film se cherche sans jamais se trouver, délaissé dans des rythmes trop lents ou trop rapides selon les scènes. Douglas ne sait pas utiliser de ciseaux, garde tout, et pense que poser là-dessus une musique baroque grand crin fera passer la pilule. Eh ben nan, elle passe pas.

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Nos héros sont embarqués vers la déportation et c'est la partie exotique qui démarre. Ils sont séparés et on suivra tour à tour le destin de chacun de ces hommes, esclaves, simples serviteurs ou bagnards. Là aussi, le ton est hésitant à mort, comédie, aventures, film de survie, chronique de voyage, romance, on ne sait jamais trop. L'éclectisme pourrait être une qualité, surtout sur trois heures de film ; mais Douglas ne s'attarde sur aucune de ses tentatives stylistiques, et Comrades apparaît comme un fourre-tout. Un fourre-tout simplet, même, dans cette deuxième moitié, puisque le discours politique passe carrément au gnan-gnan : un aborigène qui verse une larme devant un prisonnier mis aux fers, par exemple, ou un groupe d'hommes qui se retrouve en contre-jour autour d'un arbre millénaire, Artus-Bertrand a dû regarder ce film en boucle. C'est un peu neuneu, très politiquement correct, la direction d'acteurs nous dit exactement quoi penser et comment le penser (les gentils sont souriants et bons, les méchants ricanants et moches), on est dans le film pour enfants, malgré les tentatives minables de Douglas pour "faire provocateur" (un gars qui se fait sucer par son berger allemand... oui... j'ajoute qu'il fait partie des méchants).

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La seule bonne idée, c'est le fil rouge de la chose. Pour raconter tout ça, il choisit le point de vue d'un "montreur d'ombres", et on suit toute l'évolution moderne du travail de l'image depuis ce petit théâtre balbutiant jusqu'au cinéma, en passant par les premières images mobiles, le développement de la photographie ou les mille inventions dans le domaine de la narration en images projetées. Une histoire de l'évolution du cinéma qui semble un peu plaquée sur cette histoire de paysans maltraités, mais qui apporte la seule touche un peu intéressante au film. Enfin un peu de profondeur dans un film bêta et mal fagotté.