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Grand plaisir de retrouver nos hubots cabossés pour une nouvelle saison. Mêmes défauts que pour la première (épisodes un peu trop longs, rythme pas toujours très tenu, et toujours cette surexposition affreuse dans la photo), mais mêmes qualités aussi, le scénario poussant même un peu plus loin les promesses de la saison 1 : les hubots s'émancipent de plus en plus, plongeant Real Humans dans une ambiance qui tient à la fois de la science-fiction et de la métaphysique. En devenant de plus en plus indépendants sous l'influence d'un code informatique (caché de façon dérisoire dans une clé USB ridicule en forme de robot), les hubots apprennent le libre-arbitre, l'angoisse existentielle et même la foi religieuse. La série opère même un discret mais habile retournement de situation en nous les montrant souffrants (moralement ou physiquement) et donc presque plus touchants que les humains qui les torturent. En parallèle avec cette évolution morale, un virus se propage parmi eux, véritable sida qui les transforme en monstres tristes excellemment rendus.

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Le scénario atteint une belle profondeur, pas tant dans les fatigantes intrigues presque "espionnage", où le fameux code s'échange par-delà les ordis et les robots, que dans la façon qu'il a de nous montrer les hubots face aux affres existentiels des humains. C'est la famille qui est la plus attaquée de ce côté-là : un grand-père qui revient à la vie grâce au clônage, une hubot avide de devenir mère, des conflits de génération entre adultes, "vrais" enfants et robots, transferts d'affection, etc. Les familles explosent sous l'arrivée massive de ces robots 2.0 qui peuvent maintenant, en plus d'apprendre l'arabe en 10 secondes, éprouver des sentiments, déclencher le désir sexuel ou souffrir. Les plus grands moments du film sont ceux où nos amis de synthèse découvrent l'horreur d'être en vie : le grand-père qui hurle devant l'ampleur de sa découverte du libre-arbitre, la petite Mimi en proie à des envies de suicide, Odie condamné à ne pas aller plus loin que son mètre de rallonge, ou la pitoyable rebellion de hubots-soldats au sein d'un stand de paintball (persuadés que l'univers en entier tient dans les quelques hectares du parc). Les robots apprennent l'humanité, et leurs difficultés à s'adapter mettent en évidence la monstruosité de celle-ci. Vous voyez les choses venir ? qui est le plus humains, celui qui est né humain ou celui qui veut le devenir, celui qui a créé l'humain parfait ou celui-ci ? Voilà le genre de questions que la série pose, et brillamment.

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Il y a toujours une sorte d'humour froid qui fait merveille, mais la monstrusité lisse des hubots, qui était plutôt fun dans la première saison, devient ici effrayante. Dès le premier épisode, le virus qui dilate la tronche parfaite d'un robot donne le ton : on va être dans un côté beaucoup plus sombre qu'avant. Les yeux s'emballent et changent de couleur, les gestes deviennent incontrôlables, les voix s'éteignent, et ces accidents physiques qui apparaissent sur des visages harmonieux sont d'autant plus terribles. La palme aux deux personnages les plus intéressants de ce point de vue-là : le grand-père (excellentissime acteur) qui, après sa bonhomie et son ridicule, devient un clown grimaçant et incontrôlable ; et Florentine, blonde platine sexyssime qui cache sous sa soif de normalité de sombres pulsions. Les vrais humains ne sont pas en reste avec leurs sectes anti-hubots, leurs ratonnades, leurs déviances psychologiques et leurs corps en déliquescence (l'un des personnages principaux porte un masque bleu très disgrâcieux pour cacher son visage brûlé, une autre met son point d'honneur à passer pour une hubot). Bref : le monde décrit là-dedans, baignant pourtant dans une lumière irréelle, est d'une noirceur totale. On est prêt à penser que la saison 3 sera tarkovskienne.

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