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Une série suédoise pour changer des rythmes ultra-rapides des américaines, why not... Bon, c'est vrai que Real Humans, c'est un autre tempo, plus peinard, parfois proche même, si on veut être méchant, de la stagnation. En 10 épisodes de 55 minutes, il se passe autant de choses que dans un épisode de 24, et la série manque sérieusement de nerfs pour vraiment emballer. Mais ma foi tant pis : on se laisse bercer par cette lenteur, qui permet de développer beaucoup de choses que les Américains traitent par-dessus la jambe, la psychologie des personnages, la finesse des situations, les rapports humains.

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D'humain il est beaucoup question là-dedans, puisqu'il s'agit de nous présenter une société qui mélange les humains-les-vrais et les "hubots", robots sophistiqués à allure humaine et qui accomplissent toutes les tâches subalternes dévolues ordinairement aux premiers : travail en usine, ménage, soins aux retraités et éventuellement, bien trafiqués, services sexuels divers et variés. On découvre cette société, que les auteurs ont refusé de rendre futuriste (ça se passe clairement aujourd'hui), crédible dans toutes les pistes que cette habile idée développe : il y a les humains anti-robots, les robots qui s'humanisent, les robots rebelles, les humains dépendants de leurs robots, etc etc. Tout le spectre des réactions vis-à-vis de l'arrivée de ces androïdes est développé, et porté d'ailleurs par des acteurs inspirés. La série pose plein de questions intéressantes, concernant l'immigration, la déshumanisation, l'industrialisation, voire même tout simplement la nature humaine (un des questionnements essentiels étant de décerner ce qui sépare réellement l'humain du robot). Aussi bien du côté des hommes que des machines, l'écriture parvient à inventer tout un faisceau de pistes vraiment passionnantes ; on aura même droit à un robot en proie aux angoisses mystiques, une fliquette agent-double ou triple (pro-humain ou pas ? mmmm...) ou un petit vieux curieusement attiré par son robot. Si certaines idées ne mènent pas à grand-chose (agacé à la longue par ces robots rebelles qui veulent s'humaniser, par cette traque d'un rebelle dont on apprend le passé par flashs-back usants), d'autres sont fascinantes, comme ces scènes dérangeantes entre des cougars genre "desperate housewives" et des robots sur-virilisés qui peu à peu prennent l'ascendant sur elles. Certains personnages sont vraiment fouillés, comme ce minable terroriste anti-robots ou cet adolescent à l'identité floue amoureux de sa bonne.

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Dommage que la mise en scène ne suive pas toujours. Outre ce rythme beaucoup trop lent, outre la longueur inutile des épisodes, on grimace devant cette photo surexposée qui rend tout l'univers lisse et propre. Je comprends l'esprit, mais trop c'est trop. Beaucoup de séquences répétitives et inutiles, des robots un peu douteux dans leur construction (super sophistiqués, mais leur rallonge ressemble à celle de mon aspirateur de 1983, ils font des bruits super bizarres quand ils réfléchissent et ils ne sont même pas équipés de GPS ou d'internet, tout pourris), de longs moments de piétinement (on revoit 64 fois la scène de noyade du héros), une saison qui se termine sans avoir rien résolu ou presque, nous laissant sur notre faim, bref c'est loin d'être parfait. Une série intéressante, comme point de départ, disons : les Américains vont te trousser un remake de la chose, tu vas voir que ça va fuser, à mon avis.  (Gols 07/06/13)


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L'ami Gols n'est pas loin d'avoir fait le tour de la question concernant aussi bien les défauts que les qualités du bazar ; Real Humans propose une réflexion assez fine sur toutes personnes cherchant à s'intégrer dans une société en s'occupant de taches subalternes, qu'il soit finalement robot ou autre (et c'est là le plus terrible, comme si le rang social déterminait forcément la valeur "humaine" de chaque individu - la série s'aventure malicieusement sur ce chemin sans jamais non plus tomber dans l'oeuvre à thèse). Dommage en effet que plus la saison avance, plus l'on truffe les épisodes de flashs-back qui - jusqu'à l'épisode 10 - révèlent pratiquement que dalle : ils n'ont finalement qu'une certaine tendance à embrouiller inutilement les choses (dans le genre, partez pas, on va tout vous expliquer plus tard). Du coup, déception sur la trame principale qui part en vrille.

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Heureusement, il y a en effet tout ce petit réseau de scènes collatérales qui rendent la chose attachante. Gols en a cité certaines, on pourrait également évoquer les deux hubots au service d'un vieux (une vieille marâtre, sûrement le meilleur rôle de Christine Boutin, et un jeune éphèbe genre Pascal Sevran ressucité et jeune : leur poignée de main sur la fin est un grand moment, même la composition du cadre semble pour une fois maline) ou encore le grand retour d'Arielle Dombasle sous des tonnes de cosmétique en petite pétasse facile robotisée. J'avouerais personnellement une petite faiblesse pour cette serveuse hubot sinisante au regard plus doux qu'un pétale de rose ainsi que pour les deux hubots (Charles Denner jeune et un type avec une telle tronche de cake que chacune de ses apparitions me bidonne) asservis sexuellement aux deux femmes entre-deux-âges (pour une fois que les hommes ne sont pas les seuls à en prendre pour leur grade quant à la fascination pour les êtres-objets sexuels...). La saison 2 est là, on va se replonger illico et avec plaisir dans cette tranquille petite mécanique nordique.  (Shang 23/08/14)

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