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Envie d'un petit film noir qui déborde de l'odyssée pléthorique troussée par notre ami Shang : voici Blue Ruin, petite chose honorable mais oubliable complètement dans la veine des années 70. On pense à Pekinpah ou aux film burnés avec Eastwood, avant de se rendre compte que Saulnier est aussi un cinéaste d'aujourd'hui et a vu les trucs des frères Coen. A cheval donc entre le thriller et la critique du thriller, il parvient mine de rien à trouver un petit ton agréable, et le film se laisse regarder comme de rien.

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Dwight a vu ses parents assasinés et a dérivé depuis vers la dèche et la déprime. Quand il apprend que l'assassin est libéré après 20 ans de tôle, il rase sa barbe, retrouve son Opinel et part en guerre. C'est le début d'une spirale de violence vengeresse qui va aller très loin, chaque meurtre en entraînant automatiquement un autre dans une surrenchère sans fin. En même temps qu'une sorte de renaissance du personnage, qui trouve finalement dans son obsession de vengeance un sens à sa vie et un nouvel équilibre, on voit se dessiner un portrait de l'Amérique moderne guère reluisant. Pour une fois qu'un film de "revanche" n'est pas une glorification droitiste du self-defence, on ne peut qu'applaudir : Saulnier, même si ses pics de violence sont filmés avec une sècheresse qui confine au gore, n'est pas fasciné par la violence. Au contraire : il montre comme il est difficile de tuer quelqu'un, même quand on a le droit de son côté. Le personnage ne cesse de braquer des méchants et d'hésiter avant de les tuer, terrorisé par ses actes et par le sang qui gicle de partout. Armée jusqu'aux dents, l'Amérique semble abandonnée à cette course sans fin vers l'anéantissment de l'homme par son voisin de palier, et en même temps atterrée par sa propre amoralité.

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Le fond est donc assez fin, et le style l'est tout autant. Saulnier parvient avec maîtrise à aller sans arrêt de la violence sèche à l'humour et inversement, grâce à son anti-héros maladroit et pas fait pour ça : le gars loupe les mecs à deux mètres, s'arrache des flèches de la jambe avec un sécateur, discute trois heures avec un meurtrier au lieu de l'achever, vraiment pas un justicier infaillible et sur-entraîné. Juste un petit mec sans qualité entraîné dans un monde qui lui échappe. Cet anachronisme donne des scènes assez marrantes, malgré la tension du film. Une fois tout ça dit, et c'est déjà énorme, notons quand même les défauts du film : un acteur principal qui vise trop ouvertement l'Oscar (construction physique très scolaire et fatigante), une trame un peu hétérogène qui n'évite pas plusieurs moments de creux pas géniaux, une tendance moraliste sur la fin, et une certaine transparence de mise en scène. Voilà, comme je disais : pas mal, peut-être une voix intéressante en train de naître sous nos yeux, mais encore un peu timide.  (Gols 11/08/14)


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Les histoires d'amour finissent mal en général. Les histoires de famille aussi, surtout lorsque ton père sort avec la mère d'un autre clan. Et que quelqu'un du dit clan descend ton père. Et ta mère. Tu peux tenter alors, après avoir perdu tes deux parents, de refaire ta vie. Ou non. Et laisser grandir en toi la vengeance jusqu'à ce que le meurtrier sorte de prison. C'est un peu difficile, certes quand tu es sur le modèle d’un Pierre Richard - sans être un grand blond mais avec une belle barbe rousse. A la première velléité de violence, tu risques plus de dégueniller ton ennemi plutôt que de l'assassiner en bonne et due forme (c’est un peu comme essayer d'égorger un type avec un couteau à beurre - ce n’est pas pratique). Mais tu y parviens tant bien que mal. Puis les frères du clan cherchent à venger leur frère. Et là, c'est l'escalade. 

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Si on rigole au cours de la vision du film, c'est quand même un peu nerveusement - on n'est, à mes yeux, pas si proche que cela de la veine Coen. Certes, le vengeur barbu (puis rasé de près) est aussi maladroit que votre chroniqueur (le premier qui me lance un défi au Mikado peut mourir en enfer) et il est vrai qu'il se retrouve souvent dans des situations qui frôlent l'absurde (quand on n’est pas fait pour le crime, ça se voit vite...). Mais il tente malgré tout d'aller jusqu'au bout du processus (il sait très bien qu'il a mis le doigt dans un engrenage : il faudra qu’il décime tout le clan adverse ou sa propre sœur et ses enfants risquent de rejoindre le ciel plus tôt que prévu) ; il le fait ceci dit avec un tel désespoir, un tel vide dans le regard, qu'on a tôt fait de faire taire ce stupide ricanement nerveux… Saulnier sait jouer avec une belle efficacité de l'ellipse, semble définitivement moins doué pour les dialogues (un héros taiseux, c'est pratique dans ces cas-là) et nous sert un ptit polar d'été saignant, à défaut de rester longtemps en bouche. Je m'alignerai once again sur l'ami Gols (début août on se déchire, mais fin août on est au diapason, c'est comme ça) en disant que le gars est prometteur mais qu’il doit encore faire ses preuves. Sinon sa caisse (une Pontiac pourrave) je lui achète quand il veut.  (Shang 27/08/14