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Rome est belle, Audrey Hepburn est belle, Gregory Peck est beau : Roman Holiday est beau. On pourrait franchement s'arrêter là dans le commentaire de cette bluette hollywoodienne, qui fera battre le cœur des midinettes de moins de 16 ans qui croient au prince charmant, mais qui ne comblera que peu le cerveau du vieux loup de mer au cœur sec que je suis (dis-je en tirant sur ma pipe d'organdi). On reste dans la superficialité totale, donc, mais tant pis : le spectacle est éminemment glamour, et on est en droit de ne pas en demander plus. Une princesse engoncée dans son train-train diplomatique s'évade façon Siddhartha dans les rues de Rome, y rencontre un journaliste fauché qui, sentant le scoop, va lui faire découvrir la dolce vita en la prenant discrètement en photo. Que pensez-vous qu'il arrivera ? Gagné : l'amour va envahir ces petits cœurs, et on s'embrassera doucement devant le Colisée sur la musique pétillante de Georges Auric. Rien de nouveau sous le soleil, qu'il soit italien ou hollywoodien.

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C'est vrai que le film est très agréable à regarder, la ville étant filmée dans toute sa splendeur de carte postale (Alekan aux projecteurs, et Wyler cadre toujours en contre-plongée pour magnifier la bâtisse), et nos deux héros rivalisant de petites mines cro-mignonnes. Notre Audrey, en gros plan, minaude à qui mieux mieux et se tente une construction de figure à la Actor's Sudio dans les dernières bobines (je regarde la foule, indifférente, mais soudain, ô, Gregory est là, et je te fais la surprise émerveillée, t'as vu ?), mais le fait est que son minois est ravageur ; Edith Head l'a affublée de 8216 robes superbes, de son costume de reine aux jupettes de la femme moderne, mais même en pyjama (surtout en pyjama, dirais-je), la belle est craquante. C'est une actrice moyenne, on est d'accord, mais elle transperce l'écran, même quand on a envie de lui coller des baffes, même quand un soupçon d'idiotie colle à son jeu de femme-enfant pas futée (la célèbre scène où elle sillonne les rues en Vespa, riant comme une demeurée). Peck est le partenaire idéal, lui non plus pas extraordinaire, mais lui aussi d'une beauté de mannequin. C'est un peu ça, Roman Holiday : deux mannequins qui évoluent dans le décor le plus romantique de la Terre, comme une page de Jours de France, finalement. Wyler, fasciné par ses deux stars, en oublie totalement de mettre en scène quoi que ce soit : le film alterne les plans d'ensemble sur la ville et les gros plans sur les visages de Peck et Hepburn, dans un montage à l'arrache, sans effort et sans scrupule : il importe de rentabiliser le pouvoir photogénique des acteurs, allons-y donc. Quelques scènes, heureusement, sont un peu plus inventives, comme le passage express au commissariat, muet et enlevé, ou les séquences avec le copain de Peck (Eddie Albert) qui apporte un peu "d'impureté" européenne à la texture trop lisse du film (oui, l'Italie selon Wyler, c'est pas tout à fait Fellini Roma...). Nul risque de se fouler un neurone en regardant ce film, ce qui n'est pas grave, finalement ; maintenant, nul risque non plus qu'il vous reste en tête plus de 6 minutes après la fin.

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