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Je dois reconnaître (péché avoué) que j'achève un peu au forceps cette trilogie politique nipponne du gars Yoshida. Si chaque plan demeure un régal tant Yoshida est parvenu à une maîtrise parfaite du cadre (et que de variations, que d'inventions !), le fond a eu pour le coup beaucoup plus de mal à me toucher - faut bien reconnaître aussi que je n'ai pas une solide formation en histoire du Japon : j'avais dû sécher les cours, s'il y en eut... Il s'agit là de conter le destin d'un certain Ikki Kita, dont les écrits révolutionnaires dans la première partie du XXème siècle ont conduit une poignée d'hommes à des assassinats (de personnalités hauts placées) puis en 1936 à un coup d'état. On comprend très vite qu'il y a chez Kita un monde entre ses écrits et la réalité, ou pour être plus nuancé qu'il se place du côté théorique, laissant le soin aux autres d'effectuer la pratique... Lorsqu'un premier assassinat est commis sur un ponte de la finance, au nom de ses écrits, il en profite pour soutirer de l'argent (en faisant planer sur cette personne une menace) à un banquier... Par la suite, Kita, cet homme discret, effacé même, aux tendances un brin sadomasochiste, aura une fâcheuse tendance à laisser agir les autres, se cloisonnant dans son monde, s’enfermant dans ses propres tourments personnels. Un peu comme s'il se faisait dépasser par ses écrits, comme s'il avait du mal à en assumer toutes les conséquences... Lorsque le coup d'état est commis, sa joie sera de très courte durée...

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Dès la première scène, on se régale de cette façon qu'à Yoshida d'organiser géométriquement son cadre, de mettre en scène son plan. Cette main armée d'un couteau qui est le seul petit détail à s'agiter au milieu de ces constructions est un modèle de suggestion : on a l'impression que Yoshida passe son temps à se demander quel sera l'angle le plus inattendu pour filmer la scène, tout en trouvant le meilleur angle pour mettre sa scène en relief. C'est une école du cadre et du montage, et on apprécie ces multiples cadres dans le cadre, ce sens génial de la perspective, qu'il s'agisse de filmer un seul personnage se mouvant dans un espace ou deux interlocuteurs dans une pièce. On aime ces dispositifs très réfléchis, très carrés, très construits... Dommage, malheureusement, qu'on ait un peu plus de mal à se passionner pour cette histoire, qu'il s'agisse de ses individus qui rendent plus ou moins allégeance au maître Kita ou ces séquences de discussions infinies entre membres du gouvernement... On sent que l'action s'enlise et même s'il s'agit là d'un des sujets même du film, on doit s'accrocher pour aller jusqu'au bout de ce destin, où, une fois encore, on sera plus ébloui par les trouvailles visuelles du cinéaste que par l'émotion qui se dégage de cette ultime séquence : esthétiquement chiadé mais un peu froid - comme un coup d'épée dans l'eau glacé.

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