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Poussant toujours plus loin sa quête dans les extrêmes, Herzog ne nous emmène point cette fois-ci aux confins de la Terre, de l'Espace ou dans les profondeurs marines mais aux confins de la vie, à savoir le tristement nommé "couloir de la mort". Farouche opposant à la peine de mort, on pense qu'Herzog va construire son doc exclusivement autour de cette idée. Pas vraiment, en fait. Il nous fait faire la connaissance de deux jeunes gens, Michael Perry (depuis dix ans en prison et attendant son exécution dans les jours qui viennent) et Jason Burkett (également depuis dix ans en prison et auquel il reste au minimum trente ans à faire) impliqués dix ans plus tôt dans un triple homicide. Werner annonce dès le départ la couleur à Perry ("Je vous considère comme un être humain et je suis contre la peine de mort, cela ne veut pas que dire que je suis votre ami, hein..." (de mémoire)) et il ne va jamais tenter de minimiser les actes dans lesquels il est impliqué. A partir de documents d'archives tournés par la police sur les lieux des crimes, on reconstitue le fil de ce qui s'est passé et les images sont parfois d'une extrême violence (me serais bien passé des éclaboussures de sang dans l'appart de la première femme assassinée ; c'est toujours le problème de manger des bolognaises en regardant un film) ; certaines images sont relativement cash (le cadavre de la femme dans le lac avec ce pied flottant à la surface, le cadavre des deux jeunes gens que l'on filme plus ou moins à distance) et on comprend bien l'étendue du carnage - je vais faire l'impasse sur le coulis de framboise. Herzog, ensuite, interroge des proches des victimes (une femme a perdu dans l'histoire sa mère et son frère, un jeune homme son petit frère) et c'est parti pour des séquences qui nouent forcément la gorge (le gars Werner est un peu limite - je sens le gars Gols qui frétille - quand il demande à ces deux personnes de montrer les photos, face caméra, des personnes assassinées... Il est clair qu'il leur est difficile ensuite de parler sans être victime d'une grosse poussée lacrymale...) Moment émotion, mouais, et surtout moment "absurdité de la vie" lorsqu'on réalise que ces trois personnes sont mortes... à cause d'une bagnole que les tueurs ont voulu voler. Eh ouais, cela tient à peu de chose, dit-il, ne regrettant pas pour une fois de n'avoir jamais passé le permis.

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Bon sinon ? Les moments les plus forts ou les plus saisissants à mes yeux sont à trouver dans les témoignages du père de Jason et dans ceux d'un ancien responsable bossant dans le couloir de la mort. Le père de Jason, lui-même en prison comme apparemment la plupart de ses fils ("Dans la famille prison", ouais, on en rirait presque...) revient sur sa "responsabilité" (drogué dès l'âge de 13 ans, il a eu un parcours exemplaire au niveau des conneries) par rapport à l'éducation de ses enfants (difficile de ne pas reconnaître qu'il a merdé, certes... mais le gars est le premier à convenir qu'il fut une grosse merde ce qui est sûrement déjà un premier pas vers la sagesse... un peu tard, vi) et sur son témoignage lors du procès de son fils ; en endossant sa part de responsabilité dans la sale route suivie par son fils, il a supplié le jury de ne pas le condamner à mort - il est parvenu ainsi à faire fondre en larmes deux personnes et à sauver son fils... On sent bien que le gars, et ce sûrement pour la première fois, a eu le sentiment d'être utile... L'autre témoignage qui secoue sa mère est celui de cette grosse montagne de gardien qui revient sur son travail et sur ce jour où il a fini par craquer - "bourreau" (il attachait les victimes sur le lit avant que l'on procède aux injections) n'a certes jamais dû être un boulot très équilibrant psychologiquement parlant... On sent que le gars a vécu l'enfer avant de décider de tout lâcher. On voit bien aussi qu'il va "dans le sens" d'Herzog (le côté littéralement inhumain de ce taff) mais le cinéaste ne cherche pas à nous démontrer par A + B son point de vue. Il évite d'une part de nous faire vivre "les derniers instants de Michael Perry" (forcément sciants quoiqu'on pense du gars) - un dernier salut plein de dignité entre les deux hommes avant que ce gros poupon maladroit (et assassin, on est d'accord) grandi en cage ne rejoigne sa cellule à une poignée de jours de l'exécution - ; d'autre part, le témoignage de celle qui fut la sœur et la fille de deux victimes va plutôt dans le sens des "pro" peine de mort : elle a tenu à assister à l'exécution de Perry et avoue que la mort du gars lui a comme "enlevé un poids" ; non, elle est d'accord, cela ne lui a rendu personne mais elle semble persuadée que certaines personnes ne méritent tout simplement pas de vivre (le gars Perry a été qui plus est un peu "maladroit" dans ses derniers instants en disant qu'il "pardonnait à tout le monde" - mouais...). On sent le Werner forcément sceptique face à elle mais baste..., il préfère finir sur une idée un peu plus "optimiste" en évoquant la future naissance du gamin de Jason (le gars s'est marié en prison... vu les conditions dans lesquelles le couple peut se rencontrer, toute possibilité de relations sexuelles semble impossible... bref c'est un miracle en soi cette naissance... mouais, comme dirait Herzog, il n'y a pas que du trafic d'alcool et de cigarette en prison... on rougit pour lui)... Au final, un doc qui remue souvent de l'intérieur, ce qui n'est point étonnant vu la teneur du sujet - et sa gravité... la causticité habituelle du Werner en fait forcément les frais. Reconnaissons aussi, côté facilité, en toute bonne foi pour une fois (...), qu'on a connu Herzog un peu moins traqueur de larmes...   (Shang - 19/03/12)

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Les bonnes intentions ne font pas forcément des grands films, non non non, et on atteint là aux limites du "système Herzog", jamais plus roublard que quand il décide de laisser tomber la réflexion pour mieux développer l'émotion. Mon gars Shang a reconnu que côté tire-larmes, Herzog était un peu lourdaud ; c'est peu de le dire. Quelle facilité dans ces injonctions qu'il fait à ses sujets-cobayes ("décris-nous ce que ça fait d'être menotté à son fils", "tu peux nous montrer la photo de ton frère assassiné ?", "il est bien ton tee-shirt, c'était le sien ?"), dans cette façon TF1esque d'aller traquer la larme à l'oeil et la voix qui tremble ! Herzog ne cache même plus ses manipulations derrière la brillante théorie : c'est maintenant frontalement qu'il nous sert cet épisode de "Zone interdite". Pourtant, les intentions sont bonnes, et le travail "d'objectivité" tout à sa gloire : bien qu'opposé à la peine de mort, et pour les bonnes raisons pour une fois (c'est-à-dire opposé à la peine de mort EN SOI, pour des raisons humaines, éthiques, et non pour des explications foireuses), il sait donner la parole à tous les protagonistes du drame, pour dégager plein d'approches différentes : bourreau, victimes, famille des assassins, famille des assassinés, maîtresse (effrayant personnage typiquement herzogien que cette femme borderline, complètement allumée avec ses arcs-en-ciel prémonitoires et son regard de démente), rapports de police, les approches sont nombreuses, et du coup le débat est très ouvert. A chaque fois que la raison lui dicte qu'il est mal de tuer son prochain, Herzog contrebalance avec l'émotion des victimes, et on se dit qu'il est tout aussi mal de le butter pour lui voler sa voiture. Il y a un côté Truman Capote, bien sûr, dans cette quête de l'exhaustivité de ce qu'on pourrait avoir à dire sur le sujet. Dommage que Herzog soit aussi putassier dans sa recherche de l'émotion à tout prix. Ces facilités passent toutes seules quand il faut décrire une grotte oubliée ou un pingouin perdu sur la banquise ; elles le font beaucoup moins quand le cinéaste met dans son alambic des sentiments humains, des émotions violentes éprouvées par des êtres de chair et d'os. La manipulation herzogienne, oui, encore les mêmes mots qui nous divisent avec mon camarade quand il s'agit du Werner ; pour cette fois, il me semble qu'on est d'accord pour trouver ce film très douteux...   (Gols - 31/12/12)

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Venez vénérer Werner,