Logo_Breaking_BadBreaking Bad se bonifie avec le temps, et cette saison 3 atteint indéniablement des sommets dans l'écriture et dans la mise en scène. Je ne sais pas comment ils font exactement, mais à chaque nouvelle fournée, les créateurs de la série arrivent à nous installer confortablement dans nos pantoufles (ce qui est très agréable), et en même temps à chambouler nos attentes (ce qui ne l'est pas moins). On retrouve donc notre cher Walter White, fabricant d'amphètes de plus en plus débordé, Jesse Pinkman, son bras-droit torturé par le malheur, et tous les personnages impeccables, depuis l'épouse qui prend une envergure de serial-killeuse jusqu'au beauf qui, cette fois, fait montre de toutes ses fêlures ; mais on s'enfonce de plus en plus dans une tragédie domestique épatante d'ambition, dans une série de scènes absolument bluffantes d'invention, et surtout dans un noir de chez noir qui fait plaisir à voir.

breakingbadPourtant la série continue à jongler très adroitement entre comédie et drame : les deux personnages de tueurs sans âme sont tarantinesques en diable, Walter a droit à quelques sommets de n'importe quoi, dûs surtout à sa tendance systématique à faire les mauvais choix aux mauvais moments. On s'amuse vraiment bien à suivre ces lignes de dialogue qui flirtent avec l'absurde, ces situations de famille tranquille qui rompent sans cesse avec les contre-points que sont les séquences d'action immorales. Mais c'est surtout du côté de la noirceur que se situe la vraie qualité de cette nouvelle saison : peu à peu, les scénaristes bouchent toutes les portes de sortie, et enferment ce pauvre White dans une spirale de la violence effrayante à la longue. Du coup, le personnage devient une sorte d'ombre maléfique, fermée sur elle-même. Heureusement qu'il existe encore quelques respirations rigolotes (cet avocat véreux, savoureux) ; sans elles, Breaking Bad serait d'une tension dure à supporter. Finies les hésitations entre bien et mal : cette fois, White est passé du côté du mal, définitivement. Les derniers épisodes sont glaçants, avec ce point culminant qu'est la toute dernière scène, qui augure de ce que sera la suite (on tremble d'avance). La mise en scène est toujours aussi variée et inspirée, et on a même droit à de longs moments "inutiles" juste destinés à essayer des concepts ; l'épisode 10, dans ce sens, est incroyable : l'action de la série 356201050est "gelée" pendant tout un épisode pour s'amuser au huis-clos, pour redéfinir les personnages principaux, pour tenter la règle des trois unités, juste parce que c'est marrant. On pourrait l'enlever sans problème, et pourtant c'est l'un des plus intéressants du point de vue du concept. On sent que les scénaristes s'intéressent à l'humain plus qu'à la trame, et que la plus petite idée (ici : comment une mouche peut figer le déroulement de la série pendant 1 heure) est bonne à prendre. C'est bon de sentir qu'il y a derrière ce gros barnum une sensibilité affûtée et un vrai sens des personnages. Totale admiration. (Gols 28/06/10)


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Ah c'est clair que l'épisode de la mouche demeure un grand moment, d'autant que cela annonce d'une certaine façon dans quelle mesure Pinkman est le véritable grain de sable dans le rouage : si une mouche peut venir, d'après Walter White, menacer toute la production, ce n'est pas innocent si Pinkman, avec son masque respiratoire aux allures... de mouche, va se prendre lui-même un gros coup de tapette dans la tronche ; on ne sera guère surpris lorsque, quelques épisodes plus tard, il va vouloir faire une nouvelle fois le malin... Il a beau être le dernier couillon, il est pourtant difficile de lui en vouloir pour plusieurs raisons : primo, il est celui qui, avec son petite marché parallèle à moitié foireux, veut résister au monopole mis en place par le grossiste, un grossiste qui ne se gène pas d'ailleurs pour l'exploiter - il ne fait pas le poids, il n'a, qui plus est, aucun sens réel des responsabilités, mais il se plaît encore et toujours à vouloir jouer les petits électrons libres face au capitalisme (c'est totalement illusoire mais l'esprit est là...); secundo, il garde encore un sens de la fierté et de la fidélité (vouloir venger son pote) quand White tente, lui, toujours de relativiser ; tertio, il est le seul que l'exploitation d'un gosse blesse profondément... Au final, ses belles théories auront autant de poids qu'un chewing-gum contre un tank, mais dans le principe, on ne peut pas vraiment lui donner entièrement tort. Encore y-a-t-il des façons de s'organiser, c'est là que le bât blesse. Walter, lui, doit faire face à un autre problème d'équilibriste : arrêter la production de drogue et montrer patte blanche (...) pour tenter de reconquérir Skyler et continuer la production de drogue pour tenter, entre autres, de garder des contacts avec Skyler... Il est vraiment celui qui se fait baiser dans cette saison, se retrouvant de plus en plus pris au piège - les quatre murs du labo souterrain - par ce qu'il a lui-même mis en place ; si la drogue devait lui donner une liberté financière totale, il se retrouve dorénavant totalement dépendant de son taff : pour faire vivre sa famille, pour payer les notes d'hôpital de son beauf, pour contrôler dans une certaine mesure Pinkman, pour ne pas se griller auprès du big boss, ou encore pour rendre jouasse Skyler qui commence à vouloir prendre part à son business au niveau du blanchiment d'argent... Il a beau avoir la tête sur les épaules et tenter de raisonner logiquement : plus il est nickel dans son taff, plus il a des emmerdes - sa seule échappatoire restant finalement la même depuis le début : la mort - qui risque d'être maintenant violente et non due au cancer... quel soulagement... Quelques jolis morceaux de bravoure au niveau des dialogues qui dans certaines situations finissent par méchamment déraper (White prenant la parole devant les étudiants et tentant de relativiser l'accident d'avion, White poussant Skyler dans ses derniers retranchements pour se réinstaller chez lui, Skyler montant un gros film auprès de sa soeur pour expliquer pourquoi son "couple" peut payer la note d'hôpital de son mari...), et, en dehors des intros parfois sanglantes, un gros coup de bourre, au milieu de la saison, avec ces deux gros jumeaux mexicains kafkaïens qui tentent de s'en prendre à Hank. C'est certes un peu la partie congrue au niveau de l'action, mais cela est amplement remplacé par la tension palpable entre White et son boss Gus Fring, un type au faciès de marbre et au petit sourire inquiétant : ils passent leur temps à jouer au plus malin, tout en respectant l'adversaire, et difficile de dire celui qui s'en sortira en morflant le moins... Pour ça faudra ronger son frein jusqu'à la prochaine saison.   (Shang - 02/12/10)

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