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Pour la petite histoire, Walsh a remplacé Windust, tombé malade après quelques jours de tournage, mais, grand seigneur, lui a laissé le crédit au générique. Heureusement, j'allais dire, qu'il n'est point revenu, vu la complexité du scénar (pas facile de reprendre le fil en route, m'est avis) : au niveau des flashs-back dans le flash-back, on est particulièrement servi et cela sert, qui plus est, complètement la trame ; l'organisation de cette véritable "société du crime" repose justement sur sa capacité à brouiller les pistes entre le commanditaire et la victime. Il n'est point étonnant, à partir de là, que l'enquête se révèle terriblement compliquée pour tenter de remonter jusqu'au responsable de cette organisation et, surtout, le faire plonger. Seulement attention, en face il y a Humphrey Bogart, et le gars n'est jamais un manchot pour filer une beigne quand il le faut ou faire finement fonctionner son cerveau... (J'adore l'affiche italienne ci-dessous, avec Humphrey en King-Kong salvateur).

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Une intro tendu comme un slip pare-balles avec tous ces flics qui protègent le seul témoin capable de faire plonger le Big Boss d'une organisation meurtrière. Rico, c'est son nom, ne mouille pas que sa chemise, persuadé que le chef de l'organisation, iflu6pourtant en tôle, dispose de tous les moyens pour lui faire la peau avant le procès du lendemain. Bogart est au taquet pour rassurer Rico et mener à son terme cette longue enquête ; seulement faut reconnaître qu'au niveau de l'organisation pour la protection du type, c'est po le top (ont jamais vu un film noir, les flics) : témoin laissé dans une pièce allumée (la seule) derrière une fenêtre (bravo), puis sous la protection d'un seul homme (bis), à proximité d'une fenêtre ouverte (ter)... Franchement, on s'étonne à peine du sort tragique de ce pauvre Rico qui finit en omelette. Bogart est dépité et se replonge toute la nuit dans la lecture de l'enquête, persuadé qu'un élément lui a échappé pour pouvoir faire plonger le Big Boss... Un flash-back tourbillonnant commence : c'est alors franchement que du nanan au niveau du défilés des tronches, des caractéristiques des personnages (le bon gros trouillou Zero Mostel, le flippé Jack Lambert, l'inquiétant Everett Sloane, l'alcoolo Don Beddoe...) et surtout des multiples indices qui permettent de trouver d'autres pistes (...): douze mille témoignages de petites frappes et d'intermédiaires se succédent pour qu'on remonte jusqu'à la source du mal...

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Faut pas cligner des yeux si on veut pas rater une bribe d'info, mais l'ensemble est tellement bien foutu qu'on ne se perd jamais dans ce dédale de révélations : les cadavres s'empilent et les lieux inquiétants se suivent (ce marais bourrés de corps, cette maison glauque du croque-mort, cette séquence terrible chez le barbier ou celle, froide comme la mort, dans ce petit café où a lieu le tout premier meurtre de l'histoire, ce quai perdu dans la brume où Bogart rencontre finalement Rico ...)... Les témoins ne cessent de balancer pour sauver leur peau et l'on démêle bon an mal an tous les fils de cet imbroglio meurtrier. On tilte en même temps que Bogart sur le petit élément qui fait tâche, et la véritable "mise en scène" finale (ce haut-parleur d'un magasin de musique utilisé par les flics pour dire au seul témoin restant, perdu dans la ville et recherché par des tueurs, de se cacher) est proprement jouissive. Une parfaite mécanique scénaristique au service d'un film noir rondement mené - avec, en prime, deux-trois rictus légendaires du sieur Bogart (l'affaire est corsée, faut dire) propres à satisfaire tout grand fan du bonhomme.