1231715576_affiche_le_tigre_du_bengale_der_tiger_von_eschnapur_1959_4Il peut paraître un peu surprenant - et bêta - d'avoir vu Le Tombeau hindou avant Le Tigre du Bengale (il y a plus de trois ans déjà, gosh), mais que voulez-vous on ne fait pas toujours ce qu'on veut. Ce premier opus langien n'est, pas plus que le second d'ailleurs, destiné aux daltoniens tant l'on assiste à un feu d'artifice multicolore : si cela fait très couleur locale lors de "cérémonies" filmées in situ avec moult autochtones et éléphants (la réception de Berger par Chandra), on tire terriblement vers le kitsch dans certaines scènes d'intérieur, en particulier dans les souterrains éclairés comme la Tour Eiffel un 14 juillet - il a eu la main lourde avec la cellophane, le chef-lumière... Comme il y a trois ans - je reste fidèle à moi-même au moins -, je continue d'avoir le même sentiment mitigé sur cette oeuvre en deux parties de Lang : on sent que le type met le paquet dans le genre "décor merveilleux digne des mille et une nuits" et se plaît à mettre en scène cette romance ultra exotique - et périlleuse - mais d'un autre côté on ne peut s'empêcher à la vision de la plupart des scènes d'avoir une terrible impression de factice : certes, le jeu catastrophique de Paul Hubschmid (le pire 007 de tous les temps) n'arrange rien, mais même dans les scènes où il est absent, le film paraît incroyablement empesé et lourdot, comme caramélisé par les décors ; certes, le thème de l'emprisonnement constitue un véritable fil rouge dans cet épisode (l'oiseau dans sa cage, le tigre dans sa fosse, les lépreux dans leur cave... un "miroir" de la condition de la belle Seetha piégée dans ce palais), mais rares sont les instants où on peut vraiment respirer, sentir un peu de vie dans tout ça (oui, il y a bien la petite danse d'une Seetha gentiment dévêtue mais ça fait pas tout) ... Que notre Allemand soit face à un tigre déjà empaillé (la façon dont il se fait coincer dans la salle des tigres (nooon po Fort Boyard!!!!) a des sales allures de jeu vidéo), que le câble attaché à la corde magique du fakir soit grosse comme mon bras, que les acteurs allemands jouent aux Indiens en se passant du cirage sur la tronche et les figurants aux lépreux en se roulant auparavant dans la farine, à la limite, je peux accepter ce petit côté carton-pâte... Le plus terrible à avaler, c'est cette mise en scène extrêmement figée... L'ensemble de la distribution, qui plus est, prend des airs tellement constipés et graves que plus d'une fois je me suis surpris à me marrer aux moments les plus dramatiques - c'est po le but normalement, nan... Bref, même si les tigres sont d'une telle beauté qu'on finirait par croire qu'on les a repeints à la main pour les besoins du film, ce patchwork de couleurs finit souvent par donner à cette oeuvre un petit air si artificiel qu'on se demande où sont vraiment passées l'émotion, l'âme du bazar...