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Tai Kato donne décidément une vraie grandeur à cette série, tant cet opus tourne à la démonstration dans l'invention constante au niveau des cadres, du montage ou dans son esthétisme. Si le scénario est somme toute guère original (on retrouve les mêmes ficelles - un combat entre clans (entre vieux chef ultra digne et fripouille félonne) -, les mêmes types de personnages  - le fidèle chevalier servant, le couple d'amoureux à la "Roméo  et Juliette" (ouais autant dire que c'est mal barré pour eux), les individus qui trahissent la bonne cause sous la pression -, les mêmes motifs (la séquence de jeu de cartes (vite expédiée) et celle de dés, la scène "romantique" sur un pont avec la Lady, le combat final qui charcle...), il y a en plus, en toile de fond, la vie d'un théâtre - avec une jolie mise en abyme sur la direction d'acteur et leur sincérité, leur recherche, sur scène, de la vérité  (à mettre en parallèle avec le combat de notre Lady plus samaritaine que jamais et redresseuse de tort) et surtout une mise en scène où chaque séquence apporte son lot de petites trouvailles, de nouveautés. Ca frôle peut-être parfois la prouesse technique, mais c'est un tel plaisir visuel qu'on ne peut qu'être admiratif du résultat; Tai Kato, au sein même de la série (il continue d'ailleurs son propre épisode, le troisième, en reprenant l'histoire de la petite fille aveugle recueillie par la Lady), impose définitivement sa griffe avec une vraie maestria.

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Lady Yakuza est donc à la recherche, une dizaine d'années plus tard, de cette orpheline aveugle qu'elle avait quittée après son opération aux yeux. Elle se rend dans un bordel puis dans un théâtre avant de tomber par hasard sur la chtite Okimi. Celle-ci a plutôt mal tourné puisqu'elle est devenue voleuse à la tire et vient tout juste de se faire cruellement écraser un doigt après s'être fait chopper. Tai Kato nous a gratifié jusqu'ici de quelques contre-plongées dont il a le secret - enserrant ses acteurs dans un coin du cadre - mais décide de faire vraiment parler la poudre après une petite mise en jambe : un petit plan séquence fixe de sept minutes avec une profondeur de champ démoniaque, durant lequel Okimi va passer par toutes les émotions : Okimi étant incapable de reconnaître "de visu" son ancienne protectrice, celle-ci lui bande les yeux pour qu'elle lui touche le visage de ses petits doigts (belle idée pour une ancienne aveugle devenue habile pickpocket); la sensation provoquera la réminiscence, et la chtite Okimi en une séquence en continu bouleversante (re)trouvera une mère adoptive, un fiancé et un père adoptif. Le pari était osé mais Tai Kato, maîtrisant parfaitement chaque mouvement des acteurs au sein de la séquence, nous impressionne sa mère. Ce n'est que le début.

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Mais bon, tentons de reprendre brièvement le fil de l'histoire : Lady Yakuza se retrouve sous la protection du vieux chef de clan Teppokyu dont le gendre dirige maintenant le théâtre. Sanezu, d'un clan adverse, voudrait bien mettre la main sur l'affaire et cherche tous les moyens pour y parvenir. Il fait pression sur Okimi, amoureuse d'un yakuza de son clan, Ginji, pour dérober le titre de propriété du théâtre. Lady Yakuza intervient et fera foirer l'histoire. Ensuite l'un des hommes de Sanezu perd un bras lors d'un combat avec un certain Tsunejiro (Bunta Sugawara, toujours royal) : ce dernier ayant trouvé refuge chez Teppokyu, Sanezu trouve là un bon prétexte pour attaquer celui-ci (alors que ses hommes s'arment jusqu'aux dents, il lance la petite phrase qui fait mouche "Soyez discret cette nuit les gars!" aussi savoureuse que s'il s'adressait à un éléphant se rendant dans une maison de thé). Lady Yakuza, excédée, après moult rebondissements et divers cadavres, décidera, avec l'aide de Tsunejiro, de massacrer le gars.

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Si l'on atteint un nouveau seuil au niveau de la violence - deux mises à mort d'individus qui tournent au massacre, un combat final qui dépote (petites giclées de sang, râles animals, gros plans sur ces corps qui s'entrechoquent littéralement...), c'est encore et toujours au niveau de la précision des cadres que Kato se sublime : les deux séquences sur un simple pont (un décor fait de deux bouts de bois sur un fond gris uni) entre Lady Yakuza et Tsunejiro sont proprement wongkarwaiens dans leur beauté - un plan en particulier semble avoir terriblement inspiré WKW pour une scène sur un balcon dans 2046 - mais bon, il a peut-être même po vu ce film, ne nous avançons point... ; une première scène sous des trombes de neiges féériques et une seconde dans la grisaille sur la fin où à chaque fois le cinéaste parvient à trouver des angles impossibles pour isoler ses personnages sur la toile; on pourrait aussi parler de ces deux gros plans sur les yeux des personnages, Lady Yakuza cherchant, sans un mot, par un simple regard, à transmettre à Tsunejiro ce qu'elle sait à propos d'Okimi. Grand adepte des contre-plongées de malade, Kato excelle, en particulier, lors de deux séquences dans des escaliers absolument somptueuses (avec un plan, en passant, "michelangelique", j'exagère à peine...) et j'en passe tant il y a des plans de toute beauté (ne déflorons pas tout, nan).

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En prime, il y a l'intervention  toujours attendue de l'incontournable Tomisaburo Wakayama qui m'a fait monter les larmes aux yeux : il débarque habillé comme un pape, envoie valdinguer deux gaziers en faisant la toupie, balance une réplique mortelle du genre "le moustachu, te barre pas" à l'autre personnage récurrent (Bin Amatsu, doté, cette fois-ci d'une barbichette diabolique (toujours dans le rôle d'un méchant (Kanai (!)) mais relégué pour une fois au second plan) avant de s'effondrer sur lui : c'est la petite cerise sur le gâteau tant ces quelques minutes sont simplement délirantes. Lady Yakuza a proprement la rage lors du combat final et livre une prestation "échevelée" sans, pour une fois, en sortir totalement indemne. L'histoire est comme laissée en suspend (on a même droit à un arrêt sur image alors que la Lady était en plein mouvement), mais ce qui nous intéresse le plus dans l'épisode suivant n'est pas franchement l'intrigue, mais surtout le fait de retrouver Tai Kato. Pas un manchot aux manettes, décidément, le bonhomme.