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Il y a de bien belles choses dans Ministry of Fear, même si le gars Lang semblait loin d'en être satisfait : des mouvements de caméra d'une belle ampleur (la sortie de prison, un bonheur en soi), un personnage principal, Ray Milland, qui campe un parfait "faux-coupable" au passé néanmoins trouble (trop rapidement éclairci, malheureusement, pour que l'on se focalise rapidement sur la chasse aux Nazis) - toute la séquence d'ouverture, dans la fête foraine, distille une curieuse atmosphère qui nous happe d'entrée de jeu -, des personnages féminins troublants qui derrière leur sourire de séductrices angéliques pourraient bien se révéler démones, une attention hitchcockienne à certains objets (pistolets, canne, téléphone, microfilms et une paire de ciseaux "géante" qui fait froid dans le dos...) et certaines séquences terriblement marquantes (une séance de spiritisme browningienne, une chasse aux indices sur le lieu d'une explosion où Lang semble faire - osons - un "clin d'oeil" à lui-même (l'inspecteur qui déroule un microfilm dont l'ombre se projette... sur un oeil - ouais, l'autre était déjà bien malade...), le harakiri - petite réminiscence de ses débuts de cinéaste ? - de ce tailleur dont le corps se reflète, morcelé, dans un miroir...). Même si l'intrigue semble parfois bien alambiquée pour le plaisir et si le héros, dont on avait trois cents fois l'occase de se débarrasser, s'en sort "miraculeusement", cette oeuvre reste franchement de bien belle tenue.

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Ray Milland sort de prison bien décidé à mener dorénavant une vie paisible. Tout aurait été plus simple s'il avait directement pris ce train pour Londres sans passer par la case "fête foraine" - c'est toujours un trompe-l'oeil, ce genre d'amusement bon enfant. Ray pénètre dans le parc, un petit ballon vient à lui (eheh), il le rend gentiment à la gamine (eh si c'était un satyre ce type, m....); de vieilles dames font des sourires jusqu'aux oreilles - ça sent l'arnaque, je me serai barré illico moi -, notre homme, tout à sa joie d'être libre, distribue des shillings en veux-tu en voilà et ne tarde point à se retrouver avec un gros gâteau sur les bras. C'est Alice au pays des merveilles, on se dit, sauf que le gars avec son gâteau "aux oeufs" vient, sans s'en rendre compte, de passer de l'autre du côté du miroir : suite à un quiproquo, il a même mis le pied dans un véritable engrenage... Plus notre homme s'inquiète, plus il rencontrera des personnes avenantes qui passent leur temps à se marrer comme des poires (ce frère et cette soeur aux rapports bien ambigus - réalité ou faux-semblant ?) ou qui le reçoivent avec la banane (cette hôtesse dans sa robe à fourreau, mon Dieu, tout ça sent le soufre). Il faut se méfier des apparences, clair, et l'on sent que la menace peut venir de partout.

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C'est forcément bien vu en ces temps paranoïaques où l'espionnite règne : notre héros se monte-t-il le bourrichon, est-il manipulé comme un gant ou est-il doué d'un flair de super héros...? Le fait est qu'il ferait bien de rester sur ses gardes, et le spectateur d'être à l'affût de toute personne ou de tout objet suspicieux - c'est forcément prenant, dans le genre. Notre ami Ray, toutefois, semble souvent se confier au tout venant un peu trop aisément, et l'on se demande si cette sincérité va le conduire à sa perte ou, finalement, sur la voie de la vérité... Même si le film baisse parfois un peu d'intensité à force de vouloir multiplier les fausses pistes (espionne ou mante religieuse, cette hôtesse qui met la main sur le flingue du héros de façon terriblement évocatrice...), on s'accroche aux basques de notre héros jusqu'au bout, avide de savoir de quelle sourire il fallait le plus se méfier. Malgré un épilogue terriblement tartignole (deux plans en trop, po grave - un final dont Lang ne semble d'ailleurs pas avoir la responsabilité), le reste du film réserve son lot de petites scènes filmées avec une élégance toute langienne et de personnages ambigus. Un satisfecit, résolument.      

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